Égypte : Chadia, l’idole du public arabe, n’est plus

L'actrice et la chanteuse égyptienne, Chadia , est décédée le 28 novembre 2017 à l'âge de 86 ans. © YouTube/Cairo International film festival

Celle qui a sublimé les foules avec sa voix et sa grâce s'est éteinte mardi. Elle laisse derrière elle une centaine de films et des coeurs éplorés.

Son prénom en arabe signifie « celle qui chante », fredonne, entonne des mélodies. Dans la langue arabe, le mot « chant » est représenté par plusieurs termes en fonction de la nuance des sons. Celui que l’on a donné à Chadia – de son vrai nom Fatma Ahmed Kamal – est celui qui qualifie le son des oiseaux.

Mardi 28 novembre, l’oiseau du Nil a cessé de chanter. L’actrice et chanteuse égyptienne des années 1950-1960 est décédée à l’âge de 86 ans des suites d’une longue maladie. Cela fait déjà une trentaine d’années qu’elle avait mis fin à sa carrière, porté le hijab et se consacrait à ses prières. À ceux qui lui demandaient pourquoi une telle rupture après une si belle carrière, elle répondait qu’elle commençait à ressentir « une gêne » et qu’elle avait entendu « un appel pour se consacrer à Dieu ».

Gabbar, chanson monument

Elle avait pourtant toutes les foules arabes à ses pieds. Du Maroc au Liban, on l’appelait « l’idole du public » – « Maâboudat Al Jamahir » -, référence à un célèbre film qu’elle avait tourné en 1967 avec Abdelhalim Hafedh, le plus grands chanteur arabe de tous les temps.

Elle y a joué le rôle d’une diva de la bonne société cairote qui tombe amoureuse d’un jeune chanteur anonyme et puis s’en détourne, croyant qu’il la trompe. Ce dernier, pour se venger, décide de travailler dur pour acquérir la célébrité qui lui manque. Il lui dédie une chanson puissante, Gabbar (« despote cruel »), pour lui dire combien elle a brisé son cœur.

Elle pleure, se met à boire, veut même se donner la mort… Le public est éploré face à cette scène shaksperienne. Mais les deux tourtereaux finissent par se réconcilier. Aujourd’hui, cette chanson est l’un des monuments de la musique arabe.

Elle a joué avec les grands

Les débuts de Chadia au cinéma se feront dans les années 1950 grâce au réalisateur Ahmed Badrakhane, qui a cru en son talent. Il lui fera passer son premier casting dans « les Studios Massr », le Hollywood du cinéma arabe, qui a vu éclore nombre d’actrices égyptiennes à l’instar de Faten Hamama, Souad Housni ou encore de Leila Mourad.

Elle gravit très vite les échelons du cinéma. Visage angélique, voix douce et sensuelle, elle joue les rôles de fille effrontée qui bouscule les traditions, tout en sublimant sa féminité. Sa carrière comprend une centaine de films où elle a eu pour compagnons des géants tel que Farid El Atrache, de qui elle tombera réellement amoureuse, Imad Hamdi, qui sera un des trois hommes qu’elle a épousés dans sa vie et Rochdi Abadha, le Clark Gable du cinéma arabe.

Parmi ses films célèbres, on peut citer Zouga 13 (« 13ème femme »), Merati Moudir Aam (« Ma femme est directeur général »), ou encore Shaioune mina El Khaouf (« un peu de peur »). En 1985, elle joue son premier (et dernier) rôle au théâtre avec la pièce Raya w Skina, l’histoire de deux tueuses en séries égyptiennes qui ont affolé la ville d’Alexandrie au début du XXème siècle.

Icône de la révolution égyptienne

Le nom de « la fille du Nil » restera aussi attachée à la révolution égyptienne de 2011 avec sa chanson Ya habibti Ya Massr (« Oh, Égypte, ma chérie »). Un hymne patriotique, composé par un monument, Baligh Hamdi, et qui a été entonné épar des milliers de jeunes Égyptiens sur la place Tahrir.

Après Faten Hamama qui s’est éteinte en 2015, Chadia est une des dernières icônes de l’âge d’or du cinéma égyptien. Elle sera inhumée ce mercredi 29 novembre dans un cimetière du Caire.

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