Burkina Faso : ce qu’il faut retenir du discours d’Emmanuel Macron

Lors du discours d'Emmanuel Macron, à Ouagadougou le 28 novembre 2017. © AP SIPA

Assassinat de Thomas Sankara, lutte contre le terrorisme, migration, éducation... pendant plus de deux heures, le président français Emmanuel Macron s'est adressé aux étudiants de l'Université de Ouagadougou, pour la première étape de sa tournée africaine. Retour sur les points clés de son intervention.

• Promesse de déclassification des archives françaises sur Thomas Sankara

Thomas Sankara à Ouagadougou au Burkina Faso, le 26 février 1987. © Archives Jeune Afrique-REA

Tous les documents que la justice voudra consulter (…) seront ouverts et transmis

Emmanuel Macron a choisi d’ouvrir son discours en rendant hommage à Thomas Sankara, sous les applaudissements des étudiants de l’Université de Ouagadougou. Le président français a promis, à l’occasion d’un point presse au sortir de son tête-à-tête avec le président Marc Roch Christian Kaboré, que les documents jusqu’ici classés secret-défense sur l’assassinat de l’ancien président burkinabè seront déclassifiés et que la justice burkinabè pourrait y accéder.

En réponse à la question d’un étudiant, il a affirmé s’être engagé à ce que « tous les documents produits par administration française pendant le régime de Sankara et après son assassinat soient déclassifiés pour être consultés en réponse aux demandes de la justice burkinabè. (…) Ce qui veut dire que tous les documents que la justice voudra consulter (…) seront ouverts et transmis. »

Interrogée par Jeune Afrique, Mariam Sankara, la veuve du président burkinabè dont l’assassinat en 1987 n’a toujours pas été élucidé, a dit sa satisfaction à cette annonce. « Nous souhaitions la déclassification de ces archives depuis longtemps. C’est donc une bonne chose, mais nous attendons maintenant de connaitre le contenu de ces documents et de voir quelle sera la suite de la procédure », a-t-elle déclaré.

• Défense de l’intervention française dans le Sahel

Des soldats français de la force Barkhane, à Gao, le 18 mai 2017. © Christophe Petit Tesson/AP/SIPA

Vous ne leur devez qu’une chose aux soldats français : les applaudir !

Confrontée à des problèmes de financement, la force militaire du G5 Sahel, qui doit compléter la Mission de l’ONU au Mali (Minusma) ainsi que l’opération Barkhane, stagne et tarde à se mettre en place. « Nous devons accélérer le travail de coopération avec le G5 Sahel, a affirmé le chef d’État français. Les premières expériences ont été faites avec succès. Je veux que nous puissions désormais conduire les premières victoires pour terrasser les terroristes. Ce sont des organisations régionales plus fortes qui ont vocation à prendre le relais contre le fardeau du terrorisme. Il faut renforcer les forces régionales crédibles et réactives. C’est le sens de l’histoire »

Le budget de fonctionnement de la force G5 Sahel – estimé à 423 millions d’euros – est pour l’instant loin d’être bouclé, malgré la promesse des États-Unis de contribuer d’avantage.

Emmanuel Macron a également profité de son intervention pour saluer le bilan de son prédécesseur en matière de lutte contre le terrorisme. « La France a été à vos côtés et je salue la décision de François Hollande d’intervenir au Mali. C’était la bonne décision. La France a été aux côtés de l’Afrique comme l’Afrique a été aux côtés de la France », a-t-il affirmé, rappelant au passage que la France, comme le Burkina Faso, « ont été meurtris par le terrorisme islamiste ».

Un sujet qui a aussi valu à l’un des étudiants, qui l’interrogeait sur le déséquilibre entre le nombre de visas étudiants et le nombre de soldats français présents au Sahel, une réponse cinglante : « Vous ne leur devez qu’une chose aux soldats français : les applaudir ! », a lancé le président français, visiblement agacé par la question.

• Crise migratoire : « Une crime contre l’humanité »

Un migrant subsaharien dans une geôle libyenne, en 2013. © Manu Brabo/AP/SIPA

Qui sont les trafiquants ? Ce sont les Africains mon ami ! Et nous les combattons avec vigueur !

Suite à la diffusion du reportage de CNN qui a démontré l’existence d’un marché aux esclaves en Libye et provoqué l’indignation mondiale, le président français avait qualifié ces ventes de « crimes contre l’Humanité ». Des propos qu’il a réitéré lors de son discours à Ouagadougou. « La tragédie de ce que j’appelle les routes de la nécessité, (..) le pire désastre de notre histoire partagée, il faut le nommer pour agir avec force ». Emmanuel Macron a également annoncé qu’il proposerait mercredi à Abidjan, à l’occasion du sommet Union africaine-Union européenne, « une initiative euro-africaine pour mettre un terme à la stratégie des terroristes et des trafiquants d’armes. »

Interrogé sur le sujet après son discours par une étudiante, le président a cette fois réagi plus sèchement : « Qui sont les trafiquants ? Ce sont les Africains mon ami ! Et nous les combattons avec vigueur ! » avant d’ajouter : « Arrêtez de dire que le problème c’est l’autre ! Présentez-moi un passeur belge, français, allemand ou que sais-je encore ! Vous n’en trouverez pas ! »

• Franc CFA : « Je suis favorable à ce qu’on en change le périmètre »

Le franc CFA déchaîne les passions. © Adria Fruitos pour JA

Il ne faut pas avoir une approche bêtement anti-impérialiste

Concernant la devise monétaire ouest-africaine, Emmanuel Macron a estimé que le franc CFA nécessitait quelques ajustements. « Le franc CFA n’a plus le bon périmètre (notamment avec la présence du Nigeria). Mais je sais que ça donne de la stabilité monétaire. Il ne faut pas avoir une approche bêtement anti-impérialiste », a-t-il expliqué devant les étudiants de l’Université de Ouagadougou. Le président français s’est dit « favorable à ce qu’on en change le périmètre et peut-être même le nom » .

« Si le président Kaboré veut sortir de la zone franc, il peut le faire quand il veut ! (…) Dès qu’il aura fini de réparer la climatisation… » a encore ajouté Emmanuel Macron.

• Jeunesse, éducation et mobilité : « Multiplier les partenariats, les échanges, les formations croisés »

Des étudiants en filière Éducation à l'université de Porto-Novo, au Bénin, en mai 2017. © Flickr / Creative Commons / World Peace Intiative

Je veux que ceux qui sont diplômés en France puissent y revenir aussi souvent qu’ils le souhaitent

C’était un des axes prioritaires de la visite d’Emmanuel Macron, « faire évoluer la perception de la France par la jeunesse africaine ». « Le changement, le renouveau générationnel, dans un continent comme l’Afrique, ce n’est pas une option, c’est une loi mathématique », a-t-il martelé lors de son discours.

Le président français a affirmé que les membres du Conseil présidentiel pour l’Afrique, créé fin août , seront « en lien constant avec la jeunesse africaine pour en restituer la voix ». Ce Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA ), se veut un « outil de concertation et d’aide à la décision directement rattaché au président », expliquaient les services de la présidence française lors de son lancement.

Il a également annoncé la création d’une « maison de la jeunesse africaine », dont il a promis l’ouverture « avant le 14 juillet prochain ».

Au sujet de la mobilité des jeunes diplômés, le président français a défendu une politique d’échange plus large. « Je veux que ceux qui sont diplômés en France puissent y revenir aussi souvent qu’ils le souhaitent grâce à des visas de circulation longue durée », a-t-il affirmé, plaidant également pour « multiplier les partenariats, les échanges, les formations croisés, les doubles-diplômes qui nous permettront d’apprendre l’un de l’autre ».

« Je souhaite que plus de jeunes Français puissent venir travailler en Afrique (…) en privilégiant les candidats qui parlent ou ont commencé à apprendre une langue africaine », a-t-il encore ajouté.

• Démographie : « Je veux qu’en Afrique, partout, une jeune fille puisse avoir le choix »

Une mère et son nouveau-né, dans une maternité de Freetown, en Sierra Leone en 2010. © Felicity Thompson/AP/SIPA

Quand vous voyez des familles de 6, 7, 8 enfants par femme, êtes-vous sûrs que cela soit le choix de la jeune fille ?

Interrogé sur la démographie en Afrique début juillet, à l’occasion du G20, Emmanuel Macron avait déclenché une polémique en parlant problème « civilisationnel » quand certaines femmes « ont 7 à 8 enfants ». « Sa mention de la démographie du continent est caricaturale et je ne partage pas l’idée que, si on investit des milliards d’euros, nous n’obtiendrons aucun résultat », avait alors jugé, dans une interview à Jeune Afrique, Jean-François Kobiané, démographe à l’université de Ouagadougou, au Burkina Faso, et directeur de l’Institut supérieur des sciences des populations (ISSP).

Lors de son discours à Ouagadougou mardi, le président français est revenu sur la question en déclarant : « Quand vous voyez des familles de 6, 7, 8 enfants par femme, êtes-vous sûrs que cela soit le choix de la jeune fille ? Je veux qu’en Afrique, partout, une jeune fille puisse avoir le choix ».« C’est une conviction profonde qui m’a poussé à faire de l’égalité femme-homme une grande cause de mon mandat. La démographie peut être une chance mais à condition que chaque femme puisse choisir son destin » a-t-il ajouté.

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