Zimbabwe : « Kutanga Kwaro », la chanson prophétique qui annonçait l’avènement de Mnangagwa

Des Zimbabwéens portent des portraits d'Emmerson Mnangagwa lors de l'investiture, ce vendredi 24 novembre 2017 à Harare. © Tsvangirayi Mukwazhi/AP/SIPA

« Kutanga Kwaro » (« Sa façon de diriger »), une chanson de Jah Prayzah, est devenue la bande son de la transition zimbabwéenne. Ses paroles, pourtant écrites il y a plusieurs semaines, sont prophétiques, selon les supporteurs du nouveau président, Emmerson Mnangagwa.

Les paroles, sur mesures, semblent avoir été écrites pour chanter les louanges d’Emmerson Mnangagwa, le nouveau président du Zimbabwe. Il y est question d’un soldat, un héros, qui revient chez lui pour « changer les règles ». « Il est ici, le héros / Sa façon de diriger / Là où les tambours résonnent / Satisfait même les orphelins » clame Kutanga Kwaro (« Sa façon de diriger », en chishona, la langue la plus répandue au Zimbabwe).

Depuis le début du coup de force de l’armée zimbabwéenne contre Robert Mugabe, les 14 et 15 novembre, ce titre afro-pop résonne en permanence à Harare : dans les manifestations, à la radio, dans les bars… Et même lors de l’investiture d’Emmerson Mnangagwa, le 22 novembre, où son refrain entraînant a fait se déhancher les 60 000 spectateurs du Stade national des sports.

Appel voilé à une intervention

L’interprète, Jah Prayzah, qui a pour signe particulier de se produire sur scène en treillis militaire, ses dreadlocks dépassant du béret, est revenu tout exprès d’une tournée en Australie pour participer à la fête.

Le titre est en réalité sorti il y a plus d’un mois, sur son album éponyme. Bien avant, donc, le limogeage d’Emmerson Mnangagwa, alors vice-président, et le coup de force de l’armée qui a fini par le ramener à la tête du pays. A l’époque, de sa sortie, il avait toutefois engendré des spéculations chez ceux qui y voyaient un appel voilé à une intervention de Mnangagwa.

« Lion vicieux »

L’artiste (Mukudzeyi Mukombe de son vrai nom ; « Musoja » – soldat – de son surnom) a, il est vrai, toujours été proche de l’armée zimbabwéenne. Plusieurs de ses productions, ces dernières années, avaient déjà été interprétées comme des prises de positions cryptées dans la lutte intestine qui se jouait alors, entre la Première Dame Grace Mugabe et le vice-président Emmerson Mnangagwa.

Ce dernier avait d’ailleurs assisté au lancement de son précédent album, Jerusarema, en 2015. Son tube Mdhara Vachanya, rendait notamment hommage à un « lion vicieux » (le lion est le totem de Mnangagwa), ce qui n’empêchait pas qu’il soit joué lors des apparitions publiques de Robert Mugabe – à qui ce qualificatif allait tout aussi bien.

Grâce à des collaborations avec des stars du continent – le Nigérian Davido, la Nigériane Yemi Alade ou encore le Tanzanien Diamond Platinumz – cet artiste aujourd’hui âgé de 30 ans avait élargi son audience au-delà des frontières du Zimbabwe, où il se produit régulièrement. Ses prochains shows au pays promettent toutefois d’être à guichet fermé.

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