Documentaire : il y a 100 ans, l’épopée des Harlem Hellfighters

Le sergent Henry Johnson, membre des Harlem Hellfighters, héros de la 1ère Guerre mondiale et décoré à titre posthume de la Médaille d'honneur, la plus haute distinction militaire américaine, par Barack Obama en 2015. © AP/SIPA

Le 13 décembre à 20h55, la chaîne de télévision France Ô diffusera "La Grande Guerre des Harlem Hellfighters", documentaire de François Reinhardt sur les Africains-Américains engagés en Europe durant le premier conflit mondial. A voir sans faute.

Cent ans après la première guerre mondiale, des pans entiers du conflit demeurent encore méconnus. C’est pourquoi il faut saluer l’initiative de la chaîne de télévision France Ô, qui diffusera le 13 décembre 2017 à 20h55 un documentaire intitulé La Grande guerre des Harlem Hellfighters.

Réalisé par François Reinhardt, le film revient sur l’épopée du 15e régiment de la Garde nationale de New York, devenu, en mars 1918, le 369e régiment d’infanterie – évidemment plus célèbre sous ses différents sobriquets, « Harlem Hellfighters » (« Combattants de l’enfer de Harlem »), « Black Rattlers » (« Serpents à sonnette noirs »), « Men of Bronze » (« Hommes de bronze »).

Cantonnés à des tâches subalternes

Prenant soin de replacer le parcours de ces Africains-Américains venus combattre sur le front français dans un contexte beaucoup plus large, Reinhardt n’oublie aucun des aspects de l’histoire. Il raconte leurs difficultés à intégrer une armée américaine qui se refuse à accepter des Noirs en son sein, il évoque leurs difficultés à s’entraîner dans un pays qui ne voit pas d’un bon œil que des Noirs manipulent des armes, il souligne qu’ils furent longtemps cantonnés à des tâches subalternes, même après leur arrivée sur le sol français…

Un fragile équilibre, constamment maintenu, entre la grande et la petite histoire

Evidemment, il explore aussi en détails leurs faits d’armes lorsqu’ils furent enfin intégrés et plutôt bien accueillis dans l’armée française, exsangue. Mais toute la réussite du documentaire repose sur le fragile équilibre, constamment maintenu, entre la grande et la petite histoire, entre les destinées personnelles et des mouvements sociaux de plus vaste ampleur, comme celui des droits civiques.

Le temps des héros

Reinhardt s’intéresse ainsi de près aux figures emblématiques qui se battirent au sein des Harlem Hellfighters. Le héros Boris Johnson, qui gagna dans la forêt d’Argonne la croix de guerre française avec étoile et palme de bronze – et attendit 2015, bien des années après sa mort misérable, pour que lui soit accordée par le président Barack Obama la médaille d’honneur, la plus haute distinction militaire américaine. Le musicien James Reese Europe, officier, qui introduisit avec son band le ragtime en Europe et composa avec son camarade de tranchées Noble Sissle On patrol in no man’s land inspiré par son expérience du front. Le futur peintre Horace Pippin, qui perdit son bras droit dans les combats, et se fit ensuite connaître avec des œuvre de style dit « naïf » traitant de l’esclavage et de la ségrégation…

Le réalisateur montre à quel point les Harlem Hellfighters furent des précurseurs dans le mouvement des droit civiques

Avec force documents, s’appuyant sur des interviews d’historiens comme l’Américain Jeffrey Sammons, le réalisateur montre à quel point les Harlem Hellfighters furent des précurseurs dans le mouvement des droit civiques, imaginant – à tort – que par leur combat dans l’armée américaine ils pouvaient gagner le respect dont ils étaient privés partout dans le pays. Après le roman graphique de Max Brooks et Canaan White, après le livre Les poilus de Harlem, du journaliste Thomas Saintourens, le combat des « Hommes de bronze » commence enfin à sortir de l’ombre où on les avait cantonnés. Avec cent ans de retard.

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