Miguel Azevedo (Citigroup) : « Une dévaluation inattendue est le pire ennemi d’un investisseur »

Par - envoyée spéciale à Londres

Miguel Azevedo, ancien de Goldman Sachs, a également travaillé chez Merrill Lynch. © Rahul Singh

Pour attirer les capitaux étrangers, les gouvernements africains doivent avant tout s'employer à rassurer les investisseurs, selon Miguel Azevedo, directeur des activités d’investissement en Afrique de Citigroup.

Douzième plus grande entreprise du monde selon le dernier classement Global 2000 établi par Forbes, la société financière américaine Citigroup est présente en Afrique dans les marchés obligataires et de capitaux, ainsi que dans le conseil autour des opérations de fusion-acquisition. Jeune Afrique a rencontré le Portugais Miguel Azevedo, son directeur des activités d’investissement en Afrique.

Jeune Afrique : Dans quels pays africains opérez-vous ?

Miguel Azevedo : Citi est actif dans toutes les régions d’Afrique à l’Ouest avec le Nigeria, le Ghana, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, au Nord au Maroc, en Afrique de l’Est avec le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie et un peu le Rwanda. Enfin, en Afrique australe, nous sommes en Afrique du Sud, au Mozambique en Zambie et au Zimbabwe.

La présence du Zimbabwe dans notre liste peut surprendre. Pourtant, c’est là que nous avons levé plus de 700 millions de dollars, provenant littéralement du monde entier, – États-unis, Europe, Afrique et Asie, pour l’entreprise Liquid Telecom.

C’est à ma connaissance le second emprunt le plus important de l’histoire pour une entreprise africaine en dehors de l’Afrique du Sud, le premier ayant été IHS, une compagnie nigériane de télécommunication, qui a obtenu un prêt de 800 millions de dollars en novembre 2016.

On parle beaucoup du manque de stabilité en Afrique. Comment le continent pourrait-il remédier à ce problème ?

L’enjeu est de convaincre et de séduire ! En Afrique, on a moins d’informations, donc toute transaction est plus difficile à obtenir. Mais d’un autre côté, les opportunités sont bien plus attrayantes. Ce qui compte vraiment, c’est le rapport attractivité/risque propre à toute transaction.

Sur le plan de la stabilité, il y a eu de grands progrès ces dernières années. Il y a un an encore, investir au Nigeria était très difficile : vous apportiez vos dollars, mais si vous vouliez ressortir du pays avec, c’était impossible. Aujourd’hui, ça va mieux.

Ce dont a foncièrement besoin l’Afrique, c’est de capitaux

Quels secteurs seront concernés par les prochaines transactions d’envergure ?

Je dirais les télécoms au sens large, mobiles aux infrastructures, les institutions financières, et enfin le secteur de la consommation et du commerce de détail.

 On observe depuis quelques temps l’arrivée des investisseurs chinois, dans presque tous les secteurs. Quelles en sont les conséquences sur les entreprises occidentales historiquement présentes en Afrique ?

Je pense que les opportunités et les besoins sont si vastes en Afrique qu’il y a de la place pour tout le monde. Ce dont a foncièrement besoin l’Afrique, c’est de capitaux. Je pense que les gouvernements devraient s’assurer du fait que les investissements entrants doivent avoir un effet démultiplicateur dans l’économie, c’est-à-dire notamment créer des emplois.

Un bon souverain est un outil marketing très fort, tout en permettant la création de richesse

Que peuvent concrètement faire les gouvernements africains pour que leurs pays deviennent des destinations d’investissement plus attrayantes ?

C’est une question qui vient avant toutes les autres : comment peut-on briser les barrières ? Comment peut-on attirer les investisseurs et réduire ce facteur de peur/risque ? Pour moi, cela doit commencer par des politiques macroéconomiques solides. Si vous ne suivez pas une politique macroéconomique sérieuse, vous commencez à engranger des déficits commerciaux et de comptes courants massifs. Votre monnaie va se dévaluer, c’est garanti ! Et une dévaluation inattendue est le pire ennemi d’un investisseur.

Le second point est la création d’incitatifs, de mécanismes, d’institutions qui facilitent la venue des investisseurs. Par exemple, ne pas leur faire attendre douze mois pour une licence d’exploitation ou autre chose.

Enfin, le troisième élément est d’émettre un emprunt d’État. Un bon souverain est une fenêtre d’ouverture permanente sur le monde. Chaque jour, il existe des investisseurs qui s’échangent le [bon souverain émis par le] pays, ce qui réduit le sentiment de crainte des investisseurs.

Mais c’est aussi une arme à double tranchant : si vous agissez mal, cela se saura, les gens commenceront à vendre votre bon, les taux d’intérêts vont grimper et les gens se diront que quelque chose ne va pas avec ce bon. Cela incite les États à mener une bonne politique, car le marché la récompense immédiatement. C’est donc un outil marketing très fort, tout en permettant la création de richesse.

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