De retour au Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa confirme qu’il sera investi vendredi

Par - envoyé spécial à Harare

Emmerson Mnangagwa au quartier général de la Zanu-PF, à Harare, mercredi 22 novembre. © Ben Curtis/AP/SIPA

Le nouvel homme fort du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, est rentré à Harare ce mercredi, au lendemain de la démission de Robert Mugabe. Dans un discours sans ambiguïté devant ses partisans, au siège du parti au pouvoir, il a confirmé qu'il serait investi vendredi comme président.

S’il y avait encore le moindre doute sur l’identité du nouvel homme fort du Zimbabwe, il a été balayé ce mercredi 22 novembre. De retour d’Afrique du Sud, où il s’est entretenu avec Jacob Zuma, l’ancien vice-président Emmerson Mnangagwa a été accueilli triomphalement dans son pays, après avoir écarté du pouvoir son ancien mentor, le vieux président Robert Mugabe, 93 ans, contraint de démissionner la veille.

Celui qui est surnommé « le crocodile » depuis la guerre de libération nationale a atterri en fin d’après midi sur la piste de l’aéroport international de Harare, qu’une banderole pendue au dessus de l’entrée VIP désigne toujours sous le nom de « Robert Gabriel Mugabe ». Puis il a préféré sortir par le terminal militaire, où l’attendaient plusieurs responsables de l’armée pour un débriefing, ainsi qu’une petite foule de partisans acheminés par bus dès la matinée.

De là, il a traversé la capitale où la joie suscité par la chute de Mugabe n’était pas encore retombée. Sur ces vastes artères encore parsemées de plusieurs chars d’assaut flottaient quantité de drapeaux zimbabwéens – le best-seller des vendeurs de rue ces derniers jours. Mais c’est au quartier général de la Zanu-PF, le parti au pouvoir dont Mnangagwa a été élu président dimanche dernier, que se situait l’épicentre de l’excitation.

« J’ai été informé d’un plan pour m’éliminer »

Toute l’après-midi, des centaines de ses partisans, juchés sur tous les reliefs d’une petite cour surpeuplée, y ont attendu Mnangagwa comme le messie. Lorsqu’il a enfin pris la parole, vers 19h20, la nuit était déjà tombée mais la fièvre était à son comble. Cet homme d’ordinaire discret s’est révélé être un véritable tribun, chauffant une foule qui ne demandait que cela, levant les bras en signe de victoire et lançant des slogans de la lutte pour la libération.

Des partisans de Mnangagwa, surnommé "le crocodile", au quartier général de la Zanu-PF, à Harare, mercredi 22 novembre. © Ben Curtis/AP/SIPA

« J’ai été informé d’un plan pour m’éliminer, a-t-il dit en se posant en martyr de ces dernières semaines. J’ai été empoisonné […] C’était un complot du G40 [le clan de l’ancienne première dame, Grace Mugabe, NDLR] qui avait fait main basse sur l’exécutif ».

Dans son discours en forme de sermon évangélique – à chacune de ses phrases scandées répondait un « oui » clamé par la foule – il a surtout tenu à se poser en représentant du peuple, voire en champion de la démocratie, ce qui peut prêter à sourire au vu de son parcours et de son passé plus que sulfureux.

Nous voulons la paix, nous voulons la croissance économique et nous voulons des emplois !

Mnangagwa n’a aussi pas fait mystère de son intention de prendre officiellement le poste de président dès vendredi, comme l’avait annoncé président de l’Assemblée nationale Jacob Mudenda quelques minutes plus tôt à la même tribune. Il faut dire que, constitutionnellement, le président par intérim reste pour l’instant le deuxième vice-président, Phelekezela Mphoko. Or il s’agit d’un partisan de Grace Mugabe, ennemie jurée de Mnangagwa, qui n’a donc pas la moindre envie de le laisser diriger la transition.

Levant un coin du voile sur ses entretiens de ces derniers jours, Mnangagwa a par ailleurs indiqué avoir parlé avec le président du Botswana, Ian Khama, et l’ancien président tanzanien Jakaya Kikwete. Il a enfin rendu un hommage appuyé à Jacob Mudenda, mais aussi à Constantin Chiwenga, le commandant des Forces zimbabwéennes de défense (ZDF), ainsi qu’à Obert Mpofu, un membre influent du politburo de la Zanu-PF.

« Je promets d’être votre serviteur, a-t-il lancé en conclusion. Nous voulons la paix, nous voulons la croissance économique et nous voulons des emplois ! » Cette dernière promesse a été, de loin, la plus applaudie.

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