Les pays pauvres toujours dans le noir en 2030, selon la Cnuced

Le barrage de Kinguélé, au Gabon. © Tiphaine Saint-Criq pour JA

Selon la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced), il est peu probable que les 47 pays les moins avancés (PMA) disposent en 2030 d'une électricité fiable, durable, moderne et à un prix abordable. Seul un effort politique et financier permettrait la réalisation de l'objectif numéro 7 du Programme de développement durable de l'ONU.

Dans son Programme de développement durable à l’horizon 2030, l’Onu avait arrêté un objectif – le numéro 7 – prévoyant de « garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables, modernes et à un coût abordable » à cette date. En Afrique, l’ancien ministre français Jean-Louis Borloo et le président de la Banque africaine de développement (BAD) Akinwumi Adesina, notamment, en ont fait leur cheval de bataille. Il n’est cependant pas sûr que l’urgence de faire profiter tous les habitants de la planète de la fée électrique ait été comprise par tous les acteurs.

Alors que les bailleurs de fonds se glorifient jour après jour de financer barrages, éoliennes et panneaux photovoltaïques, le compte n’y est pas si l’on en croit le rapport 2017 sur les pays les moins avancés (PMA) consacré à « l’accès à l’énergie comme vecteur de transformation » que publie, ce 22 novembre, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced).

Seuls quatre PMA – et aucun en Afrique –  atteindront l’objectif fixé par l’ONU d’ici 2030

On dénombre 47 pays très pauvres, dont 33 en Afrique. 62 % de leur population, soit 577 millions de leurs habitants, n’ont pas accès à l’électricité. « Pour parvenir à l’accès universel dans les PMA d’ici 2030, il faudrait que l’extension du réseau couvre 571 millions de personnes supplémentaires, les mini-réseaux 341 millions et les dispositifs autonomes 114 millions », lit-on dans le rapport.

Pour satisfaire les besoins énergétiques de ce milliard supplémentaire, il n’y a pas assez de barrages, de centrales, de lignes électriques en préparation. Au rythme actuel et malgré les progrès remarquables des dernières années, le rapport prédit que seulement 4 des 47 PMA parviendront à l’accès universel d’ici à 2030 et aucun en Afrique.

Les investisseurs privés ne sont pas attirés par la perspective de devoir bloquer leur argent pendant trente ans dans un barrage ou dans une ligne haute tension, notamment en Afrique, où les lois changent trop souvent et où les tarifs sont trop bas pour que le retour sur investissement soit garanti.­

La tarification, un exercice périlleux

Pour remédier à ce manque de dynamisme, la Cnuced propose quelques remèdes. Il conviendrait d’abord que l’aide internationale se soucie enfin de l’électricité. « Il faudrait entre 12 et 40 milliards de dollars par an uniquement pour que tous les ménages des PMA profitent de l’électricité, explique Rolf Traeger, l’un des rédacteurs du rapport. Or, il faut aussi prendre en compte les besoins des entreprises si l’on veut transformer la structure des productions de ces pays, ce qui réclame encore plus de capitaux. Les États n’en ont pas, et seulement 1,8 % de l’aide publique au développement, soit 2 milliards de dollars, est consacré à l’énergie. C’est ridicule ! »

Les pays donateurs ne sont pas les seuls interpellés par ce rapport. Les pays en développement aussi doivent faire des efforts : il faut plus de coopération, notamment Sud-Sud, pour que les PMA assimilent les transferts de technologies dans la génération et le transport de l’électricité. Il faut également plus de coopération régionale pour que les ouvrages servent à plus de monde. Les gouvernants doivent s’assurer que leurs politiques énergétiques sont cohérentes avec leurs politiques de développement.

Les capacités institutionnelles des pays pauvres doivent être renforcées pour que leurs pouvoirs publics sachent négocier avec les opérateurs et créer des mécanismes de tarification très fins pour ne pas matraquer une demande peu argentée sans pour autant accumuler les déficits dans les comptes publics. L’exercice est délicat : à ce jour, un seul des PMA, l’Ouganda, indique être parvenu à fixer des tarifs d’électricité correspondant à ses coûts…

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