Côte d’Ivoire : six enseignements à propos de la nouvelle direction du RDR

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André Silver Konan est un journaliste et éditorialiste ivoirien, collaborateur de Jeune Afrique depuis Abidjan.

La présidente du Rassemblement des républicains (RDR), Henriette Dagri Diabaté. © Wikimedia Commons

Après l'annonce lundi dernier par Henriette Dagri Diabaté, la présidente du Rassemblement des républicains (RDR), de la nouvelle direction que s’est donné le parti présidentiel, six orientations importantes méritent d'être signalées.

La première tient à la présence de Guillaume Soro. Grand absent du 3e Congrès du RDR, qui s’était tenu les 9 et 10 septembre à Abidjan, le président de l’Assemblée nationale occupe le poste de vice-président chargé de la région du Tchologo (extrême-Nord), son fief. Dans l’ordre protocolaire, il vient avant les trente-deux autres vice-présidents, quoique sur le plan politique tous les vice-présidents soient au même niveau. Maigre consolation pour lui, d’autant qu’il devra céder la place, toujours dans l’ordre protocolaire, au Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, premier vice-président – donc puissant numéro deux du parti -, qui tire sa légitimité du congrès.

Deuxième chose à retenir, toujours en lien avec Soro : aucun de ses proches n’est présent dans le « gouvernement » dont la composition a été rendue publique le 20 novembre 2017. Certes, deux anciens cadres de l’ex-rébellion qu’il a dirigée y figurent (Moussa Dosso et Louis-Henri Dacoury-Tabley) mais ceux-ci ne font plus partie de sa garde rapprochée depuis plusieurs années. Par ailleurs, Soro a un alter ego dans la région du Tchologo : Birahima Téné Ouattara, petit frère du président Alassane Dramane Ouattara (ADO).

Troisième enseignement : les femmes n’ont pas effectué de percée dans le « gouvernement », contrairement à ce qu’on aurait pu espérer à la suite de la désignation par ADO, à l’issue du congrès, d’Henriette Dagri Diabaté et de Kandia Camara aux postes-clés de présidente et de secrétaire générale du parti. Seules sept femmes ont finalement été nommées par Diabaté.  La plus influente, au sein de la nouvelle direction, est l’ancienne ministre Jeanne Adjoua Brou-Peuhmond. En charge de la trésorerie et des finances du parti, elle est aussi la référente de la région du Gbêkê (Centre) et de la commune d’Abobo (Abidjan). Mais dans l’ordre protocolaire, elle apparaît à la onzième place.

Quatrième chose à relever : les jeunes sont les grands absents d’une direction largement dominée par les dinosaures et autre militants de la première heure. Adama Toungara et Tiémoko Yadé Coulibaly, 77 ans chacun, et Ibrahima Fanny, 74 ans, siégeront aux côtés de Mamadou Touré, 41 ans, de Guillaume Soro, 45 ans, et de Hamed Bakayoko, 52 ans, les plus jeunes cadres de l’équipe.

Cinquième fait notable : le parti parle désormais d’une seule voix, celle de Mamadou Touré. Évincé du porte-parolat, Joël N’Guessan se voit confier la vice-présidence chargée de la région du Bélier (Centre) et du district autonome de Yamoussoukro. Henriette Diabaté veut sans doute éviter les dissonances qui avaient quelque peu perturbé les militants lors du mandat d’Amadou Soumahoro – nommé quant à lui au poste de vice-président chargé de la région du Worodougou (Nord). Une mission qu’il va exécuter de concert avec Hamed Bakayoko. Le ministre de la Défense aura d’ailleurs son mot à dire à Abidjan, puisqu’il est également chargé des communes de Cocody et de Bingerville.

Sixième et dernier enseignement : la violation des décisions du congrès. À la clôture du congrès, le président Alassane Ouattara, premier président du RDR, avait indiqué ceci : « Conformément à nos statuts, adoptés au cours de ce congrès, nous vous proposerons très rapidement la liste des vice-présidents, qui seront au nombre de vingt. » Deux mois plus tard, le nombre de vice-présidents validé par ADO dépasse très largement celui annoncé – ils sont trente-trois, un record !

Au passage, l’on notera la curieuse mission confiée à Anne-Désirée Ouloto. La ministre de la Salubrité urbaine et de l’Assainissement est « chargée de la vulgarisation des actions du gouvernement ». Une mission institutionnelle qui fait penser que le RDR développe une mentalité de parti-État. Question : quel rôle devra jouer la secrétaire générale déléguée chargée de la vulgarisation des actions du gouvernement s’il arrivait que le RDR tombe dans l’opposition ?

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