Centrafrique : les victimes de Jean-Pierre Bemba interpellent la CPI

Par Jeune Afrique avec AFP

Jean-Pierre Bemba, ancien vice-président de la RDC, le 29 septembre 2015 à La Haye. © Peter Dejong/AP/SIPA

Plus de 5 000 victimes de crimes de guerre demandent des réparations individualisées devant la Cour pénale internationale (CPI) pour les crimes commis en Centrafrique entre octobre 2002 et mars 2003, pour lesquels l'ancien vice-président congolais Jean-Pierre Bemba avait été condamné en juin 2016.

« Tout ce que j’attends c’est la réparation, peu importe sous quelle forme ». «  Les milices de Bemba m’ont rattrapée et m’ont enlevée. J’ai eu leur enfant issu de
mon viol. Mais je n’ai pas de moyens pour m’occuper de cet enfant… » Ces témoignages en forme d’appels, ce sont ceux de quelques unes de victimes des milices dirigées par Jean-Pierre Bemba, recueillis par la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) en juin dernier et compilés dans un rapport publié ce lundi.

Une date de publication qui ne doit rien au hasard : la Cour pénale internationale doit en effet rendre prochainement son ordonnance de réparation pour les 5 229 victimes de crimes de guerre commis par le Mouvement de libération du Congo (MLC) entre octobre 2002 et mars 2003, dont Jean-Pierre Bemba avait été jugé, en sa qualité de chef militaire, « pénalement responsable » par la CPI.

Garantir la sécurité des victimes

Les survivants de ces attaques menées par les hommes de l’ancien vice-président de la RDC, venus en Centrafrique pour apporter leur soutien au président Ange-Félix Patassé menacé par un coup d’État, « ont tout perdu (…) et leur situation économique a parfois été aggravée par les conflits suivants », écrit la FIDH. L’ONG point également les « lourdes séquelles, parfois incurables » dont souffrent ces victimes.

Pour la FIDH, la CPI devra « tenir compte de nombreux éléments liés aux crimes, aux victimes, mais également au contexte particulier de la Centrafrique », un pays « ravagé par l’impunité et les exactions violentes des groupes armés ».

Face à la situation sécuritaire délétère qui prévaut en Centrafrique, les auteurs du rapport enjoignent donc la CPI à « adopter des mesures garantissant la sécurité des victimes avant et après le versement des indemnisations », et demande la mise en place de mécanismes « visant à prévenir les attaques et pillages notamment de la part des groupes armés actifs » en RCA.

L’ONG évoque également le cas des victimes contaminées par le VIH lors des viols, et demande à la CPI de « garantir l’accès de toutes les victimes à des soins médicaux » et de « prendre les mesures nécessaires pour assurer la gratuité des consultations et des médicaments jusqu’à leur guérison complète ».

 

 

Les précédents : Ahmad Al-Mahdi et Germain Katanga

Soupçonné de cinq chefs d’accusation de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, l’ancien riche homme d’affaire de 55 ans avait été condamné, en juin 2016, à une peine de 18 ans de prison par la CPI pour son rôle dans la vague d’exactions et de viols commis par sa milice intervenue en soutien du président Ange-Félix Patassé, renversé le 15 mars 2003 par François Bozizé. Arrêté à Bruxelles en mai 2008 à la suite d’un mandat de la CPI, Jean-Pierre Bemba est depuis incarcéré à La Haye.

L’ancien vice-président congolais a également été reconnu coupable en mars dernier, par la CPI, de subornation de témoins dans son procès pour crimes de guerre et crimes contre l’Humanité. Il a été condamné à un an d’emprisonnement supplémentaire et 300 000 euros d’amende. Jean-Pierre Bemba a interjeté appel de sa condamnation, dénonçant des « vices de forme » et évoquant notamment l’arrestation de son avocat durant le procès.

L’ordonnance de réparations sera la troisième l’histoire de la CPI, quinze ans après sa fondation. En août, la Cour a reconnu le jihadiste malien Ahmad al-Mahdi – coupable d’avoir fait détruire en 2012 des mausolées de Tombouctou  – responsable de 2,7 millions d’euros de dégâts.

Et en mars, la CPI avait attribué 250 dollars « symboliques » à chacune des 297 victimes de Germain Katanga, ancien chef de milice congolais condamné en 2014 à douze années de détention. Le total des préjudices physiques, matériels et psychologiques s’élevait alors à 3,75 millions d’euros, selon la Cour.

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