Mauritanie : le gouvernement veut systématiquement punir de mort le blasphème

Par Jeune Afrique avec AFP

Mohamed Cheikh Ould Mkhaitir, blogueur mauritanien, est incarcéré depuis 2014. © DR / Human Rights Watch

Le gouvernement mauritanien a adopté un projet de loi qui durcit la législation contre les auteurs d'apostasie et de blasphèmes, a indiqué vendredi 17 novembre l'agence officielle AMI. Une décision qui fait suite à la conversion de la condamnation à mort d'un blogueur en peine de prison de deux ans le 9 novembre dernier.

« Le présent projet de loi vise à abroger et remplacer l’article 306 du code pénal en vue de durcir les peines prévues à l’encontre du blasphémateur », indiquait le 16 novembre le gouvernement mauritanien. « Chaque musulman, homme ou femme, qui se moque ou outrage Allah ou Son Messager, ses anges, ses livres ou l’un de ses Prophètes est passible de la peine de mort même en cas de repentir », selon le ministre de la Justice, Brahim Ould Daddah.

Le 9 novembre dernier, Cheikh Ould Mohamed Ould Mkheitir, un Mauritanien détenu depuis près de quatre ans pour un billet de blog jugé blasphématoire, avait vu sa condamnation à mort être convertie en une peine de prison de deux ans. Le jeune homme avait été reconnu coupable d’apostasie et condamné à la peine capitale le 24 décembre 2014 par la cour criminelle de Nouadhibou, dans le nord-ouest du pays.

« Mécréance »

Le 21 avril 2016, la cour d’appel de Nouadhibou avait confirmé la peine de mort mais en requalifiant les faits en « mécréance ». Cette accusation moins lourde prenait en effet en compte le repentir de l’accusé. Elle avait ensuite renvoyé son dossier devant la Cour suprême qui avait ordonné un nouveau procès.

Saluée par Amnesty international, la décision rendue le 9 novembre par la Cour d’appel de Nouadhibou a provoqué un tollé dans la république islamique de Mauritanie. Le parquet s’est pourvu en cassation le lendemain pour à nouveau réclamer la peine capitale, dans un pays où elle n’est plus appliquée depuis 1987. Et des fidèles ont manifesté à la sortie de la grande prière du vendredi pour réclamer la « potence ».

Âgé d’une trentaine d’années, Cheikh Ould Mohamed Ould Mkheitir était en détention depuis janvier 2014 pour avoir publié un billet de blog jugé blasphématoire. Il y avait critiqué l’utilisation de la religion pour justifier certaines discriminations dans la société mauritanienne.

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