Tunisie : qui était Azzedine Alaïa, le couturier qui sublimait les femmes ?

Le couturier franco-tunisien Azzedine Alaia, à Paris le 26 septembre 2014. © Francois Mori/AP/SIPA

Le 17 novembre, le monde de la mode a perdu l’une de ses étoiles. Le Franco-Tunisien Azzedine Alaïa sera inhumé ce lundi dans son village bleu et blanc de Sidi Bou Said.

C’est face à la Méditerranée, au sommet de la colline de Sidi Bou Saïd, que reposera Azzedine Alaïa. Le créateur, disparu le 17 novembre des suites d’une mauvaise chute à l’âge de 77 ans, a choisi, la Tunisie sa terre natale, pour dernière demeure. Son corps sera inhumé ce lundi 20 novembre.

Fils d’agriculteurs de Siliana (nord), cet architecte du vêtement féminin a été élevé par sa grand-mère au cœur de la médina de Tunis, dans le quartier de Bab Souika. C’est là que naît la vocation de celui qui avait adopté pour lui-même un immuable costume chinois dans sa version noire. Adolescent, il assure les finitions pour sa sœur Hafidha, reproduit des modèles des maisons Dior, Balenciaga ou Balmain pour des clientes du quartier et se forge une réputation qui attire les belles de Tunis. Un univers féminin qui le marquera autant que Rita Hayworth et Sylvana Mangano, vedettes de films que l’emmenait voir son grand-père, et que les cours de sculpture qu’il a suivis à l’école des Beaux Arts de Tunis.

À son arrivée à Paris à 27 ans, Habiba Menchari, mère de la créatrice des vitrines d’Hermès Leïla Menchari et première Tunisienne à avoir rejeté publiquement le voile, introduit Azzedine Alaïa auprès de la maison Dior. Celui-ci quitte ensuite son poste de tailleur, faute d’avoir obtenu une carte de séjour, et s’installe comme couturier à domicile, devenant le protégé de la romancière Louise de Vilmorin. Elle l’introduit auprès du beau monde. « Ma petite taille m’a rendu service, tout le monde me caressait la tête », aimait à raconter celui dont la rencontre avec Arletty, qui a été l’une de ses premières clientes parisiennes, a été déterminante.

Des robes du créateur Azzedine Alaia lors de la rétrospective qui lui avait été consacrée à Paris en 2013. © Francois Mori/AP/SIPA

Habilleur des stars

Il habille aussi Greta Garbo, s’installe rue de Bellechasse à Paris et donne son premier défilé griffé en 1979. Les années 1980 le consacrent comme grand couturier, sculpteur du corps des femmes qu’il magnifie. Il joue des matières, de la maille, du  jersey et du cuir mais préfère toujours le noir. Ce petit homme tout en contraste, à la fois discret et affectionnant les mondanités, devient la coqueluche de toutes top modèles, dont Naomi Campbell, Linda Evangelista ainsi que Grace Jones et Farida Khelfa qui lui voue une amitié indéfectible.

Une robe du créateur Azzedine Alaia lors de la rétrospective qui lui avait été consacrée à Paris en 2013. © Francois Mori/AP/SIPA

Les femmes lui doivent le body, le caleçon et les jupes zippées, autant de pièces qui donnent de l’allure au corps en le libérant. Son inventivité, ses coupes au cordeau, ses robes sublimes lui vaudront deux Oscars de la mode à Paris en 1985. Il déménage rue de Moussy en 1990 et refuse les diktats de l’industrie du luxe ; il fera désormais cavalier seul et ira à contre-courant du calendrier des défilés. Dès 2007, sa maison trouve le soutien du groupe suisse, Richemont et de la galeriste, Carla Sozzani. La rétrospective que Galliera consacre en 2013 à cet homme plein d’humour ne l’empêche pas de nourrir de multiples projets dont sa dernière collection – éblouissante – présentée en mai 2017. Celui qui aimait la convivialité réunissait autour d’une même table à Moussy ses collaborateurs, ses amis et sa clientèle et laissait toujours une assiette pour l’invité de dernière minute.

Maintenant, c’est sa place qui restera vide.

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