Mondial 2018 : l’année des grands retours pour l’Afrique

Des supporteurs marocains célèbrent la qualification de leur équipe nationale pour les Coupe du monde de football de 2018, le 11 novembre 2017 à Rabat, la capitale. © AP/Sipa/Mosa'ab Elshamy

Égypte, Maroc, Nigeria, Tunisie, Sénégal : l’Afrique connaît l’identité des cinq pays qui la représenteront en 2018, lors de la Coupe du monde en Russie. Un plateau largement renouvelé par rapport à 2014, mais qui se justifie largement.

À chacun ses recalés, pourtant bardés de titres. L’Italie et les Pays-Bas pour l’Europe, le Chili pour l’Amérique du Sud, les États-Unis pour la Concacaf et la Nouvelle-Zélande pour l’Océanie. L’Afrique, elle, a largement renouvelé son stock par rapport à l’édition brésilienne, en 2014. L’Algérie, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Ghana ont fait le deuil de leurs illusions lors d’éliminatoires qui ont parfois tourné au désastre. Seul le Nigeria, huitième de finaliste en 2014, est toujours là, poussant la coquetterie jusqu’à être la première sélection africaine à avoir validé sa présence en Russie.

Mais contrairement à 2006, où le continent avait envoyé en Allemagne une flopée de béotiens (Togo, Angola, Côte d’Ivoire, Ghana), le raout russe sera celui des come-backs. L’Égypte n’avait plus mis les pieds en phase finale depuis 1990 ; le Maroc aura dû patienter vingt ans ; le Sénégal, seize ans ; et la Tunisie s’était montrée très discrète lors de son dernier passage chez les grands de ce monde, en 2006.

• Maroc : la touche Renard

Les Lions de l'Atlas dirigés par Hervé Renard, en stage de préparation pour la CAN, aux Émirats arabes unis, début janvier 2017. © Capture d’écran / FRMF

On ne peut avoir gagné la CAN en 2012 avec la Zambie – un membre de la classe moyenne du football continental -, puis celle de 2015 à la tête de la sélection ivoirienne – championne d’Afrique des concours de pronostics – uniquement par hasard. Hervé Renard, qui continue de construire sa légende à deux heures d’avion de Paris, a réussi à qualifier le Maroc pour la première fois depuis 1998.

Sa nomination, en février 2016, pourtant contestée par les partisans de l’ancien sélectionneur Badou Zaki, une gloire locale, s’est finalement révélée déterminante. Lors des premiers mois de son mandat, Renard a essuyé son lot de critiques. Ses détracteurs lui reprochaient, en vrac, de faire pratiquer à son équipe un football pas assez ambitieux et de ne pas faire les bons choix. Plusieurs fois, la rumeur d’un départ précipité a même été évoquée.

Avec une qualité de jeu  en nette amélioration et un management approuvé par les joueurs, les Lions de l’Atlas – avec Benatia, Belhanda,  Ziyech, Dirar, Boutaïb et quelques autres – ont malgré tout une certaine allure. Ils jouent plutôt bien, encaissent très peu de buts et évoluent dans un cadre moins rigide que sous l’ère Zaki, ce que confirment, off-the-record, plusieurs internationaux.

Et depuis son bureau de Rabat, au siège de la fédération, le président Fouzi Lekjaa, qui veut faire du Maroc un pays-phare du football africain, n’a qu’une obsession : professionnaliser le fonctionnement interne des Lions, en améliorant les conditions de voyage, d’hébergement et de travail du staff et des joueurs.

• Sénégal : une nouvelle génération

L'équipe du Sénégal lors des Jeux Olympiques de Londres en 2012 © Matthias Schrader/AP/SIPA

Le Sénégal est le seul des cinq qualifiés à afficher un CV vierge. Depuis leur seule et unique apparition en Coupe diu monde, en 2002, les Sénégalais ont donné plusieurs fois de faux espoirs à leurs supporters – encore récemment, lors de la CAN 2017. Il y a quinze ans, au Japon et en Corée du Sud, la génération des El Hadji Diouf, Ferdinand Coly, Aliou Cissé, Khalilou Fadiga ou Lamine Diatta avait atteint les quarts de finale. À l’époque, l’équipe était truffée de forts caractères, joyeusement canalisés par le regretté Bruno Metsu, dont l’autorité n’était pas contestée.

Être comparée à l’équipe de 2002, c’est flatteur et motivant

La génération actuelle est d’un autre tonneau. Les talents existent, avec une locomotive appelée Sadio Mané (Liverpool), qui régale régulièrement Anfield Road et la Premier League anglaise. Les autres se nomment Sarr, Sow, Sakho, Koulibaly, Baldé ou Guèye. « Être comparée à l’équipe de 2002, c’est flatteur et motivant. Cela nous donne envie de faire encore mieux qu’elle », explique le défenseur Lamine Gassama.

• Tunisie : une ossature locale

Certains joueurs de l'équipe tuisienne à l'entraînement, vendredi 27 janvier 2017, au Gabon. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Comme l’Égypte et quelques sélections d’Afrique subsaharienne, la Tunisie a pris le pli de s’appuyer sur une majorité – ou une forte minorité –  de joueurs évoluant au pays. Une tendance qui n’est pas nouvelle. En 2004, lors de son premier (et dernier) sacre continental, 50 % de l’effectif tunisien étaient issus des principaux clubs locaux. Comme ses prédécesseurs, Nabil Maâloul, le sélectionneur des Aigles de Carthage, n’a pas bouleversé les habitudes.

Aujourd’hui, ce mélange entre locaux, expatriés et binationaux fonctionne plutôt bien. Lors du match face à la Libye (0-0), qui a permis aux Nord-Africains de se qualifier, dix-sept des vingt-trois sélectionnés appartenaient aux quatre plus gros clubs du pays (Espérance Tunis, Club Africain, CS Sfax, Étoile du Sahel). Maâloul, qui connaît parfaitement le tissu local, y puise abondamment ses forces vives. Mais il compte aussi renforcer son groupe dans les prochaines semaines avec quelques binationaux.

La perspective de disputer une Coupe du monde étant une arme de séduction massive, la Tunisie version 2018 devrait donc s’enrichir humainement et sportivement. Depuis la CAN 2017, achevée au soir des quarts de finale, son bilan est largement positif. Elle s’est montrée tantôt séduisante, tantôt plus laborieuse, selon les circonstances. Le point ramené de Kinshasa en septembre (2-2), après avoir été menée au score par la RD Congo (0-2), et le succès presque décisif en Guinée un peu plus tard (4-1) ont précédé le nul poussif mais suffisant obtenu face à la Libye (0-0).

• L’Égypte revient, le Nigeria toujours là

Mohamed Salah célèbre avec les autres joueurs de l'équipe nationale la qualification de l'Égypte pour le Mondial 2018, le 8 octobre 2017. © Nariman El-Mofty/AP/SIPA

À défaut de participer régulièrement à la Coupe du monde, l’Égypte a dominé l’agenda continental de 2006 à 2010, en remportant trois CAN consécutives. Les Pharaons ont failli remettre ça en février dernier, ce que les amoureux du beau jeu auraient considéré comme une profonde injustice. Le Cameroun aura donc évité à l’Afrique d’avoir un champion au rabais, mais les Égyptiens, qui ont de la suite dans les idées, se sont qualifiés pour la Russie en proposant le même football minimaliste mais terriblement efficace.

L’Égypte de 2017, qui possède avec Mohamed Salah un merveilleux footballeur, a  moins de talent que sa devancière. Cela arrange bien Hector Cuper, son sélectionneur argentin, dont l’esthétisme n’est pas la préoccupation, et qui mise d’abord sur une défense de fer avant de songer au superflu. Pour l’instant, les résultats plaident en sa faveur.

Quant au Nigeria, déjà présent en 2010 et 2014, il confirme son statut de puissance africaine, même s’il a manqué les deux dernières éditions de la CAN. Gernot Rohr, désigné en août 2016, s’est adapté à l’environnement local, réputé sulfureux et passionnel. Le sélectionneur allemand des Super Eagles a obtenu de sa fédération que toutes les affaires d’intendance soient réglées en amont afin d’éviter les conflits. Et sur le terrain, Rohr, fin connaisseur d’un continent qu’il écume depuis presque huit ans (Gabon, Niger, Burkina Faso) a apporté des modifications à son groupe, écartant certains cadres, renforçant le rôle de quelques autres, tout en appelant de nouvelles têtes.

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