Zimbabwe : première apparition publique de Mugabe depuis le coup de force de l’armée

Par Jeune Afrique avec AFP

Robert Mugabe lors de la cérémonie de remise de diplômes de l'université Zimbabwe Open, le vendredi 17 novembre 2017. © REUTERS/Philimon Bulawayo

Le président zimbabwéen Robert Mugabe a fait vendredi sa première apparition publique depuis le coup de force de l'armée, à l'occasion d'une cérémonie de remise de diplômes universitaires à Harare. Placé en résidence surveillée avec son épouse Grace depuis mardi soir, Robert Mugabe a refusé de démissionner jeudi.

Le chef de l’État, était vêtu d’une toge bleue et d’une coiffe assortie, lors de cette réception organisée à l’université Zimbabwe Open. La veille, il s’était entretenu avec le chef d’état-major, le général Constantino Chiwenga, et avait refusé de démissionner. Le parti au pouvoir, la Zanu-PF, préparerait la mise à l’écart de Robert Mugabe et se dit prête à engager une procédure de destitution selon le l’agence de presse Reuters.

Mais « Comrade Bob » tient bon. Pour l’heure, en dépit du coup de force de l’armée et sa mise en résidence surveillée avec son épouse Grace par les militaires dans la nuit de mardi 14 à mercredi 15 novembre, Robert Mugabe reste, sur le papier du moins, président du Zimbabwe. Un poste que le plus vieux chef d’Etat de la planète, 93 ans, occupe depuis maintenant 37 ans. Mais pour combien de temps encore ?

La question est sur toutes les lèvres alors que le nouvel homme fort du pays, Emmerson Mnangagwa, l’ancien vice-président zimbabwéen dont l’éviction a provoqué le coup de force est rentré jeudi au Zimbabwe, a-t-on appris vendredi matin dans son entourage. « Oui, il est de retour », a ainsi confirmé sous couvert de l’anonymat une source proche des putschistes.

Une résidence surveillée moins stricte ?

Un retour que Mnangagwa espérait sans doute dans une situation plus stable. Mais Mugabe, qui a rencontré jeudi après-midi le chef de l’armée, le général Constantino Chiwenga, au siège de la présidence à Harare, n’a rien cédé aux putschistes. « Ils se sont rencontrés aujourd’hui. Il a refusé de démissionner, je pense qu’il essaie de gagner du temps », a poursuivi la source sous le couvert de l’anonymat.

Selon un porte-parole à Pretoria, deux ministres sud-africains dépêchés par le président Jacob Zuma, fidèle soutien de Mugabe, ont également participé à la réunion. Un prêtre catholique était présent lors de cette réunion, rapporte également le site internet du quotidien gouvernemental The Herald, qui a par ailleurs relayé un communiqué de l’armée faisant état de plusieurs arrestations dans l’entourage du président. « Nous avons mis la main sur plusieurs des criminels, tandis que d’autres sont toujours en fuite ».

Des images diffusées par la télévision d’Etat après la rencontre ont montré le président Mugabe en veste bleu marine et pantalon gris au côté du général Chiwenga, tout sourire dans son treillis. Selon la télévision, Mugabe pourrait participer vendredi à une cérémonie de remise de diplômes à l’université, comme il l’avait fait par le passé. Si cela était confirmé, cela laisserait à penser que les conditions de sa résidence surveillée sont devenues moins strictes.

Le flegme des Zimbabwéens

A Harare, l’intervention des militaires a été accueillie avec flegme par les habitants, qui ont continué jeudi à travailler ou à vaquer à leurs occupations. Certains se sont réjouis d’entrevoir le départ du président. « Nous espérons que le Zimbabwe sera meilleur une fois sorti de l’ère Mugabe », a confié Tafadzwa Masango, un chômeur de 35 ans. « Notre situation économique se dégrade de jour en jour, il n’y a plus d’emploi, plus de travail. »

Dans l’intérêt du peuple zimbabwéen, Robert Mugabe doit démissionner, a déclaré Morgan Tsvangirai

Jeudi, plusieurs voix de l’opposition se sont fait entendre pour exiger à leur tour son départ et une transition vers des élections libres. « Dans l’intérêt du peuple zimbabwéen, Robert Mugabe doit démissionner », a déclaré Morgan Tsvangirai, le chef du Mouvement pour un changement démocratique (MDC), le principal parti de l’opposition.

« Il ne fait aucun doute qu’il nous faut un accord de transition qui doit traiter de la reprise économique et de la réforme électorale », a renchéri l’ex-vice-présidente, Joice Mujuru, écartée en 2014, elle aussi, sur ordre de Grace Mugabe.

Le pasteur Mawarire prêt à discuter avec l’armée

Emblème de la fronde qui a secoué le pays en 2016, le pasteur Evan Mawarire s’est dit prêt à discuter avec l’armée. « En tant que citoyens, nous ne pouvons rester les bras croisés », a-t-il plaidé sur Facebook, « nous devons participer ».

Selon les analystes, les militaires sont déterminés à sortir rapidement de la crise. « Ils veulent que Mugabe signe sa démission au plus vite », a expliqué Knox Chitiyo, du centre de réflexion britannique Chatham House. « Ensuite ils veulent un président de transition, qui serait probablement Mnangagwa ».

Quant à la communauté internationale, elle continue à suivre de près la situation au Zimbabwe, inquiète de l’intervention de l’armée. « Nous n’accepterons jamais le coup d’Etat militaire », a averti jeudi le chef de l’Etat guinéen Alpha Condé, président en exercice de l’Union africaine (UA). « Nous exigeons le respect de la Constitution, le retour à l’ordre constitutionnel », a-t-il ajouté.

Vers un sommet extraordinaire de la SADC

Le commissaire pour la Paix et la Sécurité de l’UA, Smaïl Chergui, s’est montré moins alarmiste. « Au moment où nous parlons, le Parlement est toujours en fonctions et continue de travailler, le gouvernement continue de travailler, il n’y a pas de signes de violences dans le pays », a-t-il déclaré à Washington.

« Nous soutenons totalement les efforts de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) », a-t-il affirmé, « nous suivons leurs efforts en temps réel ».

A l’issue d’une réunion en urgence au Botswana jeudi, la SADC, que préside le président sud-africain Jacob Zuma, a appelé les protagonistes de la crise « à régler les défis politiques par des moyens pacifiques » en respectant la Constitution du Zimbabwe. L’organisation régionale a également annoncé la tenue d’un « sommet extraordinaire urgent » à une date à préciser.

 

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