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Praemium Imperiale : le Nobel des arts pour le Sud-Africain Athol Fugard et la Fondation Zinsou

Le Sud-Africain Athol Fugard recevra son prix le 15 octobre à Tokyo. © Capture d'écran Vimeo.

Les lauréats 2014 du Praemium Imperiale - qui se veut le "Nobel des arts" -  ont été présentés le 16 juillet, à Paris. Pour la première fois un artiste du continent remporte le prix, dans la catégorie Théâtre-Cinéma.

Présider une fondation d’art contemporain en Afrique vous amène parfois à faire des choses auxquelles vous n’auriez pas forcément pensé comme apprendre le japonais en 40 jours ! C’est, en effet, dans la langue du pays du Soleil levant que la pétillante Marie-Cécile Zinsou a remercié les membres du Praemium Imperiale (qui se veut le "Nobel des arts"). Les lauréats 2014 ont été présentés le 16 juillet, à Paris, en présence du président d’honneur de la Japan Art Association, qui a créé ce prestigieux prix en 1988, le prince Hitachi, frère de l’empereur du Japon. Pour la première fois, un artiste du continent en est l’un des six récipiendaires.

Après Francis Ford Coppola en 2013, le Sud-Africain Athol Fugard se verra remettre le 15 octobre prochain à Tokyo le Praemium Imperiale dans la catégorie Théâtre-Cinéma. C’est une œuvre poétique, politique et multiforme (l’auteur de The Island et de Tsotsi est dramaturge, acteur, metteur en scène mais aussi romancier et poète) qui se trouve ainsi récompensée. Celui qui se définit comme un "Afrikaner qui écrit en anglais" dit avoir hérité du sens de la justice de sa mère.

Engagement contre l’apartheid

Engagé dès les années 1960 contre l’apartheid par son écriture et sa volonté farouche de faire monter ensemble sur les planches Blancs et Noirs, Fugard a très tôt pris "conscience de l’immense responsabilité, de l’obligation morale, qu’a un auteur d’utiliser son écriture dans une situation comme celle de l’Afrique du Sud, d’oser protester, pour ainsi dire, contre le système". À 84 ans, avec des pièces post-apartheid plus personnelles mais qui n’ont rien perdu de leur acuité sur la condition humaine, comme The Shadow of the Hummingbird (2014), Athol Fugard avoue vouloir "aujourd’hui davantage célébrer que condamner ou critiquer".

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Un choix que partage Marie-Cécile qui, grâce à la fondation familiale créée en 2005 à Cotonou, célèbre la création artistique du continent et surtout, la fait découvrir aux enfants des écoles béninoises. En moins de 10 ans et avec un budget annuel de 1 million d’euros, la Fondation Zinsou a accueilli près de 4,6 millions de visiteurs. Un exploit dans un pays qui compte 10 millions d’habitants. Ne se contentant pas d’exposer les plus grands artistes africains et internationaux (40 Basquiat ont été présentés en 2007), la fondation, qui a ouvert un musée d’art contemporain à Ouidah en novembre dernier, mise sur le pédagogique en proposant également 6 mini-bibliothèques, 1 cinéma, des ateliers de peinture et de sculpture pour le jeune public. Les 5 millions de yens (environ 36 000 euros) du Prix d’encouragement pour les jeunes artistes (bourse accordée à une institution encourageant l’engagement des jeunes dans le domaine des arts) serviront à préparer la prochaine édition de la récente biennale "Dansons maintenant !" qu’organise également la fondation.

"Cela nous permettra d’aider les artistes à monter des créations. Toutes les pièces qui seront présentées en décembre prochain seront inédites", s’enthousiasme la fille de Lionel Zinsou, le président, entre autres, du comté exécutif de PAI Partners qui finance à 60 % la fondation. Un engagement encore bien rare sur le continent et au Bénin où en 2013 le ministre de la Culture n’a pas hésité à faire détruire l’oeuvre réalisée en hommage aux victimes de l’esclavage par le Sud-Africain Bruce Clarke.

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Séverine Kodjo-Grandvaux

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