Marrakech : ni Biennale ni Festival du film, mais des promesses pour le futur

Cérémonie de remise des trophès au Festival international du film de Marrakech en décembre 2016. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

En cette fin d’année 2017, la ville ocre s’apprête à passer un hiver sans deux de ses événements phares. Ceux qui les organisent se veulent rassurants et promettent de revenir avec de nouvelles formules.

Fin novembre à Marrakech, les habitants ont l’habitude de voir depuis plus de quinze ans forces de l’ordre et ouvriers s’affairer sur les principales allées de la ville. Pas cette année. Le Festival international du film de Marrakech (FIFM) n’aura pas lieu.

La Fondation qui l’organise avait annoncé la nouvelle en juillet 2017. Les raisons seraient multiples : le non-renouvellement du contrat la liant à l’agence co-organisatrice du FIFM, arrivé à échéance et une refonte de la ligne du festival. La Fondation se voulait rassurante : « Cette période sera mise à profit pour définir et impulser une dynamique de changement destinée à mettre en œuvre une nouvelle organisation et de nouveaux outils (…) pour mieux servir la vision et les objectifs du Festival. »

Mais le symbole est bien là : la ville ocre, une des principales destinations touristiques du royaume est, cette année, amputée de son évènement le plus célèbre. « Ça n’aura pas de réelles retombées touristiques », tient à rassurer d’emblée Abdellatif Abouricha, membre du Conseil régional du tourisme (CRT) de Marrakech. « À la fin de l’année 2017, nous aurons accueillis deux millions de touristes à Marrakech ». Et d’ajouter : « Le FIFM, c’est environ 1200 invités. Cela joue surtout en terme de promotion ».

Paillettes, glamour, mais…

Sarim Fassi-Fihri, directeur du Centre cinématographique marocain (CCM) s’est montré rassurant lui aussi. Joint à la mi-novembre, il précise qu’il se rend à une réunion justement dédiée au FIFM 2018. Il assure que l’annulation n’est pas due au non-renouvellement des contrats entre le FIFM et ses partenaires, mais à une « volonté de prendre le temps de la réflexion après des années d’activité ».

Au CCM, une source concède : « Il y avait plusieurs remontées critiques. Les professionnels marocains ne s’estimaient pas gagnants. C’était un festival qui ne créait pas de marché. » Ils n’étaient pas rares à relever un festival pariant sur une sélection très pointue en même temps que sur un évènement glamour basé sur la présence de peoples. Fassi-Fihri esquisse de quoi l’avenir pourrait être fait : « Nous pensons accentuer l’aspect networking, nous ouvrir aux nouvelles technologies et peut-être ajouter à la programmation une section cinéma marocain ».

La Biennale ajournée

A cette annulation, s’en ajoute une autre : Marrakech n’accueillera pas non plus la fameuse Biennale, qui aurait dû avoir lieu en février, dans la foulée du FIFM. En 2016, la Biennale qui a accueilli 100.000 visiteurs a accusé un déficit d’environ 300.000 euros. Une édition coûte entre 1 et 1,2 million d’euros. Et plusieurs sponsors se sont rétractés à la dernière minute.

Résultat : les organisateurs courent encore après l’argent pour régler leurs fournisseurs de 2016. Amine Kabbaj, président exécutif de la Biennale explique : « On a besoin d’un engagement plus net des autorités publiques et de l’État ». Ce dernier a bien reconnu l’utilité de la Biennale : en 2014, Kabbaj et Vanessa Bronson, créatrice de l’événement qu’elle a financé de sa poche de 2005 à 2014, ont été décorés par le roi.

On reviendra !

Las, le manque de soutien aura trop pesé. Mais Kabbaj assure : « En février, Touria El Glaoui organisera pour la première fois à Marrakech la foire d’art contemporain africain 1:54 qui avait lieu jusque-là à l’étranger. La nature a horreur du vide. Marrakech mérite ses événements artistiques. La Biennale a fait ses preuves. Nous reviendrons. » Et il balaie d’un revers de main les critiques selon lesquelles la Biennale ne profitait pas assez aux Marrakchis : « Une Biennale est presque par définition un événement d’ampleur international. Et en 2016, nous avons accueillis 4500 enfants des écoles publiques de la ville. »

Au Conseil régional du tourisme, on préfère parler des atouts de la ville : « L’ouverture du musée Yves Saint Laurent a tout simplement permis d’oublier ces reports. Nous sommes confiants. La dynamique marrakchie n’est pas atteinte, loin s’en faut. », conclut Abdellatif Abouricha.

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