Retrait du Niger de l’ITIE : « Les autorités ne veulent plus de la transparence », selon Ali Idrissa

ALI Idrissa, coordonnateur de Rotab, et PDG des radio et télévision Labari © Tagaza Djibo pour JA

Le coordinateur du Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire juge que l'État nigérien, en se retirant officiellement de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), jette de nouveau le trouble sur la gestion de ses ressources naturelles.

« Nous ne nous attendions absolument pas à une telle réaction. Pour nous, le Niger allait mettre en œuvre les mesures coercitives demandées. » Ali Idrissa, coordinateur du Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire (Rotab), est comme hébété.

Suspendu dix-huit mois le 26 octobre dernier par l’ITIE pour ne pas avoir satisfait à ses exigences, l’État nigérien, considérant la sanction comme « injuste », a décidé de se retirer purement et simplement de l’Initiative lancée en 2003. Une réaction qui surprend autant qu’elle inquiète. « Apparemment, les autorités actuelles ne veulent plus de la transparence », conclut ainsi Ali Idrissa.

 Si on se retire, c’est qu’on recherche l’opacité

Depuis plus de dix ans, le pays sahélien s’était engagé avec succès au côté de l’instance internationale dans un processus d’amélioration de sa gouvernance en matière d’industries extractives. Officiellement « pays candidat » à l’ITIE dès 2005, puis déclaré « pays conforme » en 2011, le Niger avait notamment produit des efforts importants en matière constitutionnelle. Mais cette volonté a, semble-t-il, disparu.

Un signe dissuasif pour les investisseurs

« Si on se retire, c’est qu’on recherche l’opacité, peste Ali Idrissa. Peut-être que certains politiques pensent pouvoir s’accaparer les ressources du sous-sol nigérien. Ce qui est sûr, c’est que cette décision annonce des années sombres pour la gouvernance dans notre pays. »

Le conseil d’administration de l’ITIE a motivé sa décision de suspension en soulignant « des progrès inadéquats » ou « pas de progrès du tout » sur 14 points précis, tels la divulgation des contrats, la publication des données sur les versements infranationaux ou la liberté d’expression de la société civile.

Selon le Rotab, quatre activistes nigériens ont ainsi été arrêtés depuis le début de l’année, dont Ali Idrissa lui-même, dans ce qui ressemble à une opération de représailles. En effet, ce sont ces mêmes activistes qui avaient déposé plaintes contre X dans l’affaire dite de l’« Uraniumgate » – des soupçons de vente douteuse d’uranium à travers de multiples intermédiaires.

Pour motiver son retrait de l’ITIE, le Niger a d’ailleurs tenter de lier les deux affaires en jouant sur une possible confusion. Après l’annonce de la sanction, les autorités nigériennes ont ainsi rappelé les conclusions de la commission d’enquête parlementaire rendues en avril dernier, qui établissaient qu’elles n’avaient alors commis aucun acte répréhensible et qu’il n’y avait donc pas d’affaire « Uraniumgate ».

Cependant, à aucun moment le conseil d’administration de l’ITIE n’a fait mention de cette affaire pour motiver ses sanctions, si ce n’est en épinglant les autorités sur leur façon de traiter les membres de la société civile impliquée.

Par son retrait de l’Initiative, le Niger pourrait bien dissuader nombre d’investisseurs internationaux de venir exploiter ses ressources à l’avenir. Le sous-sol nigérien est particulièrement riche, non seulement en uranium, mais également en pétrole et en or.

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