Congo-Brazzaville : vers une décrispation dans le Pool ?

Denis Sassou Nguesso, président du Congo-Brazzaville. © Wang Zhao/AP/SIPA

Levée des barrières militaires dans le Pool, libération des détenus proches du pasteur Ntumi... Depuis quelques jours, des mesures d'apaisement sont annoncées à Brazzaville. Mais suffiront-elles à mettre fin à la crise sécuritaire qui sévit dans la partie méridionale du pays depuis avril 2016 ?

Le statu quo s’éternisait depuis près de vingt mois. Vingt mois de traque infructueuse de Frédéric Bintsamou, alias pasteur Ntumi. Ce gourou et chef milicien se serait retranché avec ses Ninjas Nsiloulous dans la jungle du Pool, département situé dans la partie méridionale du Congo-Brazzaville. Mais selon une source gouvernementale congolaise, « depuis quelques temps, plusieurs centaines de ces jeunes insurgés manifestent la volonté de sortir de la forêt ». À l’en croire, des « tractations » seraient en cours dans ce sens.

L’heure est à la décrispation, selon le gouvernement

Contacté par Jeune Afrique, Thierry Moungalla, porte-parole du gouvernement congolais, apporte un autre éclairage : « Depuis que le président [Denis Sassou Nguesso] a rencontré les sages et notables du Pool, des mécanismes sont en cours d’élaboration pour que des jeunes qui vont sortir de la forêt soient accueillis de manière satisfaisante. » Le ministre rappelle également la promesse du chef de l’État de racheter aux miliciens leurs armes, une fois celles-ci déposées.

En attendant, plusieurs sources concordantes indiquent que des proches du pasteur Ntumi arrêtés au lendemain de l’accrochage du 4 avril 2016, dans le nord de Brazzaville, ont été libérés. La semaine dernière, l’armée appelait à la levée des barrages militaires dressés sur les routes de la région du Pool. S’il confirme que « la situation est à la décrispation », Thierry Moungalla explique toutefois qu’il n’est « pas avisé » ni d’une annonce gouvernementale à propos de ces libérations ni d’une éventuelle levée du blocus dans le Pool. Silence radio également aux ministères de l’Intérieur et de la Justice. Pour l’instant, impossible donc d’en savoir plus.

L’opposition affirme n’avoir pas été consultée

Du côté de l’opposition, la démarche gouvernementale ne rencontre pas un écho favorable. L’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS) affirme n’avoir « pas été consultée » par le pouvoir.

Pour son porte-parole, le député Honoré Sayi, « le couloir humanitaire tel qu’annoncé ressemble plus à une reddition ». L’élu de Dolisie pointe, entre autres, « l’inexistence de camp de cantonnement » dans la stratégie mise en place par le gouvernement. Et promet de s’étendre sur le sujet après le discours de politique générale du Premier ministre Clément Mouamba, prévu ce jeudi 16 novembre à Brazzaville.

Le gouvernement s’entête dans des initiatives isolées

Mêmes réserves du côté de Guy-Brice Parfait Kolélas. Joint au téléphone, le député de Kinkala, l’une des circonscriptions du Pool, refuse de se prononcer sur ces derniers rebondissements. Il faut se tourner vers ses lieutenants pour connaître la position de celui est arrivé deuxième à l’issue de la présidentielle de mars 2016. Un scrutin au cours duquel Kolélas fils, leader de l’Union des démocrates humanistes (UDH-Yuki), avait reçu le soutien du pasteur Ntumi, alors délégué général rattaché à la présidence.

« Le gouvernement s’évertue dans des initiatives isolées qui n’impliquent pas les vrais protagonistes de la crise », déplore un proche de Guy-Brice Parfait Kolélas. Une attitude qui serait justifiée, selon lui, par « la peur du bénéfice politique » qui pourrait revenir à ces acteurs politiques non gouvernementaux.

« Nous n’avons pas été consultés alors que toute la classe politique devrait l’être », martèle ce cadre de l’UDH-Yuki. À ses yeux, la décrispation attendue ne peut passer que par la libération des opposants dont l’arrestation est liée « directement ou indirectement » au récent processus électoral.

L’opposition donne l’impression qu’elle a une aile militaire et une aile politique

Quelles pistes de sortie de crise dans le Pool ?

« Étant liée au processus électoral, la crise actuelle est avant tout politique : il faudrait donc s’asseoir autour d’une table, y compris avec des candidats à la dernière présidentielle aujourd’hui emprisonnés, pour s’assurer que les prochaines élections seront libres et transparentes », plaide-t-il. Car, s’interroge le proche collaborateur de Guy-Brice Kolélas, « comment peut-on espérer convaincre les Ninjas de sortir de la forêt alors qu’aucune garantie politique ni sécuritaire n’est accordée à leur chef, le pasteur Ntumi ? »

En filigrane, du côté de l’UDH-Yuki, on  rappelle que le pasteur Ntumi a perdu son statut de conseiller à la présidence et que son parti, le Conseil national des républicains (CNR), est toujours interdit.

Ce positionnement de l’UDH-Yuki hérisse les autorités congolaises. « Je suis assez surpris que cette opposition donne l’impression qu’elle a d’un côté une aile militaire, pour  mettre la pression sur le terrain, et de l’autre une aile politique destinée à faire avancer ses revendications », tance Thierry Moungalla. Pour le porte-parole du gouvernement congolais, « le pasteur Ntumi n’est pas un protagoniste politique, et son aventure dans le Pool est sans issue ».

Le discours officiel ne change pas non plus à l’égard des candidats malheureux qui se retrouvent en prison. « Ils sont poursuivis pour des raisons étrangères à leurs activités politiques », maintient Moungalla. « La démarche gouvernementale vise à desserrer l’étau dans le Pool pour mettre fin à la souffrance des populations dans ce département », conclut-il. Visiblement, le chemin d’une décrispation politique au Congo-Brazzaville est encore long.

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