Shégués de Kinshasa : « Touche pas à ma rue ! »

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © Glez / J.A.

Les "shégués" de Kinshasa soutiennent-il le nouveau calendrier électoral congolais ? C’est ce qu’affirme le récent communiqué d’une association énigmatique…

La guerre des nerfs continue en République démocratique du Congo où l’élection présidentielle, comme l’horizon, s’éloigne à mesure qu’on s’en approche. Si des dates viennent tout de même d’être fixées – 23 décembre 2018 pour le scrutin, 12 janvier 2019 pour l’investiture –, elles ne font pas l’unanimité. La société civile et l’opposition appellent à une journée de mobilisation, ce mercredi, avec pour mot d’ordre le départ du président Joseph Kabila, en « rupture » de mandat depuis 2016.

Comment un régime peut-il contrecarrer la rue ? « Par la rue », semble être la nouvelle réponse de certains aficionados du pouvoir. « Nouvelle », car il n’est plus question, en l’espèce, de lancer une horde de contre-manifestants à la face des grognons opposants. Il s’agit de brandir un soutien de la « vraie » rue, pas celle que des manifestants du dimanche empruntent avant d’aller dormir dans leurs villas. Samedi était diffusée la « déclaration » d’une association prétendant représenter les « shégués » de Kinshasa, les enfants de la rue, et les adultes sans domicile fixe surnommés « faseurs ». Par souci proclamé d’apaisement, cette organisation dénommée « Uchefak » (Union des shégués et faseurs de Kinshasa) se dit représentative de « tous les shégués » et déclare accepter et soutenir « à 100% le calendrier électoral pour le 23 décembre 2018 proposé par la Ceni ».

Neutralité et prise position

Ce communiqué laisse plus d’un observateur dubitatif. Son auteur, Théodore Talakwa, est-il sincère, lorsqu’il affirme que les shégués ne veulent plus être manipulés comme par le passé ? Il est vrai que les politiciens de tous bords les ont souvent mobilisés pour grossir les rangs de certains cortèges ou en « muscler » les actions. Comme l’indique le communiqué de l’« Uchefak », certains jeunes des rues ont eu à mourir lors de manifestations. Mais pourquoi affirmer aujourd’hui son indépendance du politique en prenant position dans le débat sur le calendrier électoral et en prônant la démobilisation le 15 novembre ?

Accusés parfois de vol ou de sorcellerie, exploités comme « chair à manifester » quand le bras de fer populaire semble encore à portée de poing, les shégués devront-ils maintenant endosser la parure de leaders d’opinion préfabriqués ? Ils seraient temps qu’ils cessent d’être considérés comme des pions sur l’échiquier politique…

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