Migrants : la coopération UE-Libye est « inhumaine », selon l’ONU

Par Jeune Afrique avec AFP

Des migrants appellent à l'aide depuis une embarcation au large de la Libye en février 2017. © Emilio Morenatti/AP/SIPA

"Outrage à la conscience humaine", catastrophe", "horreurs inimaginables" : le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a vivement dénoncé mardi la coopération "inhumaine" de l'Union européenne avec la Libye pour endiguer le flux de migrants.

Après plusieurs ONG et organisations internationales, c’est désormais au tour de l’ONU de dénoncer la politique migratoire européenne en Libye. « La communauté internationale ne peut pas continuer à fermer les yeux sur les horreurs inimaginables endurées par les migrants en Libye, et prétendre que la situation ne peut être réglée qu’en améliorant les conditions de détention », a déclaré mardi 14 novembre le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme,  Zeid Ra’ad Al Hussein.

« La politique de l’UE consistant à aider les gardes-côtes libyens à intercepter et renvoyer les migrants (est) inhumaine », a-t-il ajouté. « La souffrance des migrants détenus en Libye est un outrage à la conscience de l’humanité », écrit Zeid Ra’ad Al Hussein dans ce même communiqué, estimant que la situation est devenue « catastrophique ».

Inefficacité de la politique européenne

Zeid Ra’ad Al Hussein a également vilipendé l’inaction de l’Europe pour lutter contre les abus subis par les migrants. « Les interventions croissantes de l’UE et de ses États membres n’ont jusqu’à présent pas servi à réduire le nombre d’abus subis par les migrants », a dénoncé le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme.

 

 

Les exactions commises à l’encontre des ces milliers d’hommes, femmes et enfants, sont pourtant connues et documentées. Quelques semaines avant l’avertissement de l’ONU, l’ONG Médecins sans Frontières (MSF) avait déjà dénoncé les conditions infernales dans les « centres officiels de détention » en Libye, où s’entassent les migrants interceptés par les gardes-côtes libyens, dans des pièces surpeuplées, sales, et sans ventilation. L’action européenne en Libye « alimente un système criminel », avait alors affirmé MSF.

Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants empilés les uns sur les autres, enfermés dans des hangars et dépouillés de leur dignité

Malgré ces coups de semonces et ces nombreux appels à changer de politique, la situation se semble pas s’améliorer. « Notre système de surveillance montre en fait une détérioration rapide de leur situation en Libye », a souligné mardi le représentant de l’ONU, précisant que des « observateurs des droits de l’homme » s’étaient rendus début novembre à Tripoli pour visiter des centres de détention et s’entretenir avec les migrants détenus.

« Les observateurs ont été choqués par ce qu’ils ont vu : des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants émaciés et traumatisés, empilés les uns sur les autres, enfermés dans des hangars (…) et dépouillés de leur dignité », explique-t-il. Reste à savoir si cet énième appel fera cette fois fléchir l’UE.

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici