Le Niger se retire de l’Initiative pour la transparence des industries extractives

Par Jeune Afrique avec AFP

Bureaux du géant nucléaire français Areva, dans le quartier de la Défense, à Paris, mai 2015. © Remy de la Mauviniere/AP/SIPA

Le Niger s'est retiré ce 12 novembre de l'Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), qui l'avait suspendu fin octobre pour « progrès insuffisants ».

« Le Niger ayant trouvé que cette décision est injuste, a quitté l’ITIE », a déclaré le ministre nigérien des Mines, Hassane Barazé Moussa devant les députés. Le ministre attribue la suspension de son pays au fait que le Conseil d’administration de l’ITIE s’est « mêlé d’une affaire judiciaire au Niger ». L’instance a établi « un lien entre l’arrestation de certains acteurs de la société civile et l’affaire Uraniumgate », révélée mi-février dans la presse.

Il s’agit de la vente présumée douteuse d’uranium nigérien à travers de multiples intermédiaires. Cette vente avait donné lieu à un virement de 319 millions de dollars (297 millions d’euros) des comptes à Paris d’une société publique nigérienne vers un compte à Dubaï, selon un collectif de la société civile qui a déposé une plainte contre X dans cette affaire.

Le Niger considère en effet s’être largement expliqué sur la partie de cette affaire l’impliquant. Les conclusions d’une commission d’enquête parlementaire rendues en avril, et révélées par Jeune Afrique, établissent que, si le Niger a bel et bien participé à la transaction d’Areva, l’État n’a pas déboursé d’argent sur ses fonds propres. Niamey a en fait accepté de servir d’intermédiaire à Areva, réalisant au passage une plus-value d’un peu plus de 800 000 dollars.

Progrès insuffisants

Le conseil d’administration de l’ITIE a suspendu le Niger pour « progrès insuffisants », notamment en matière de divulgation des contrats et de non-respect de publication des données sur les versements de dividendes au profit des zones minières.

Il est également reproché au Niger « la restriction de l’espace » pour la société civile, en lien avec de récentes arrestations d’acteurs s’intéressant au secteur minier.

Lancée en 2002, l’ITIE est devenue une norme internationale visant à assurer une meilleure transparence dans la gouvernance des industries extractives. Le Niger y a adhéré en 2007 après des réformes du cadre légal dont l’adoption du Code minier de 2006 et des principes de transparence et de bonne gouvernance dans le secteur minier dans sa Constitution.

Dans une interview accordée à RFI, Dylan Gélard, le directeur régional de l’ITIE pour l’Afrique de l’Ouest francophone a dit « regretter » cette décision du Niger. « Il y avait beaucoup d’acquis au Niger dans la mise en œuvre de cette initiative », a-t-il déploré, qualifiant la décision de « recul ». « On regrette que les citoyens du Niger n’aient plus au travers de l’ITIE une source d’information fiable et un espace de dialogue pour discuter des enjeux de gestion des ressources pétrolière, minières et gazières au Niger », estime Dylan Gélard.

Grand producteur d’uranium depuis près de 50 ans, le Niger est devenu un petit producteur d’or en 2004 et de pétrole en 2011.

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