Adama Paris et Omar Victor Diop redonnent vie aux modèles de Malick Sidibé

Omar Victor Diop et Adama Paris sur le podium du défilé "Dakar-Bamako Express" © Lumento

Les deux artistes ont imaginé une collection capsule inspirée par l’œuvre du photographe malien et présentée en marge de l’exposition qui lui est actuellement consacrée à la Fondation Cartier de Paris.

Galvanisés par l’œuvre de Malick Sidibé, les deux créatifs sénégalais Omar Victor Diop et Adama Paris ont mis sur pied un défilé consacrant le dynamisme et l’élégance de la jeunesse africaine tels que captés par le photographe malien dans les années 1960 et 1970. Un événement organisé dans le cadre des soirées nomades, en marge de l’exposition Malick Sidibé – Mali Twist à la Fondation Cartier pour l’art contemporain de Paris jusqu’au 25 février 2018.

Vendredi 10 novembre au soir, une douzaine de modèles ont défilé dans la grande salle attenante à l’entrée de l’établissement sur le thème « Dakar-Bamako Express ». Sur fond de musiques africaines – du mbalax à la musique mandingue en passant par la musique naija ou encore le ndombolo -, les passagers du train Dakar-Bamako Express se sont succédé avec une mise en scène qui empruntait à la comédie bonne enfant – celle de l’effervescence d’une gare ferroviaire où l’on se croise, se sourit ou se toise.

La négociante en beurre de karité native de Casamance, la Mama Benz tout droit arrivée du Bénin, la globe-trotteuse de Nouakchott, la « Naija girl » en quête d’une nouvelle conquête amoureuse, la secrétaire d’Abidjan bien décidée à poursuivre ses rêves à Bamako, la reine de la nuit de Banjul ou encore des jumeaux, apprentis photographes, à la recherche du studio de Malick Sidibé pour parfaire leur savoir…

 

Défilé "Dakar-Bamako Express" © Lumento/Fondation Cartier

 

Dakar et Bamako, villes jumelles

C’est cette ligne qui représente le cordon ombilical entre les deux villes jumelles que sont Dakar et Bamako

« Nous nous sommes inspirés de la ligne ferroviaire entre Dakar et Bamako, le Dakar-Niger, qui date des années 1930. C’est cette ligne qui a servi de prétexte au premier mouvement syndicaliste en Afrique subsaharienne qui a paralysé l’AOF et l’AEF, de Dakar à Kinshasa, et surtout, qui représente le cordon ombilical entre les deux villes jumelles que sont Dakar et Bamako », explique Omar Victor Diop, photographe considéré comme l’un des héritiers de Malick Sidibé.

D’ailleurs, c’est bien grâce à ce dernier que l’artiste de 37 ans s’attache, de son propre aveu, à raconter son Afrique à travers l’objectif. « Tous les produits que nous avons à Dakar et qui viennent du cœur du Sahel comme le karité ou les épices prennent encore le train. C’était une façon pour nous, enfants de Dakar, d’expliquer notre contribution à cet hommage rendu à Malick Sidibé que nous considérons comme un tonton ».

Un hommage rendu tant au photographe qu’à sa ville, Bamako. « Malick Sidibé est indissociable de Bamako », renchérit Adama Paris. « Il en a montré toute la beauté. Il a su capter l’air du temps dans toute son élégance. D’ailleurs, quand je regarde ses clichés, je vois une Afrique qui me ressemble, insouciante sans être inconsciente, forte, qui s’accepte et n’a nul besoin d’aller voir ailleurs ».

 

© Lumento/Fondation Cartier

 

Consacrer toutes les morphologies

« Dakar-Bamako Express » était le fruit d’une invitation de la Fondation Cartier lancée à Omar Victor Diop dans le cadre d’un hommage à Malick Sidibé. Il a alors invité Adama Paris à créer des tenues qui rappelleraient les modèles immortalisés par le photographe malien qui, selon lui, a su saisir ce qui dépassait le cadre de la photo.

« Il a immortalisé les rêves et les aspirations d’une génération, citoyenne de pays naissants. Nous n’avons pas connu ça. Mon père est né à Dakar en tant que Français. En 1960, il a décidé d’embrasser la citoyenneté sénégalaise. C’est à cette époque que sont apparus Malick Sidibé ou Mama Casset. Avec leur appareil photo, ils ont témoigné de toute cette effervescence pour mieux nous la transmettre », indique encore Omar Victor Diop.

La paire a autant fait appel à des mannequins confirmés ou en herbe qu’à de simples anonymes, histoire de dépasser le cadre du simple défilé de mode et consacrer toutes les morphologies. L’événement était aussi une première pour Omar Victor Diop, qui a joué les designers en s’impliquant à part entière dans le processus de création des modèles : différents looks, textiles et coupes (traditionnels ou contemporains).

© Lumento/Fondation Cartier

© Lumento/Fondation Cartier

 

Omar Victor Diop, futur styliste ?

« Omar et moi travaillons ensemble depuis longtemps. Il shoote la plupart de mes collections et se charge des affiches de nos grands évènements. Je le tanne depuis longtemps pour qu’il crée une collection car il est un excellent styliste. Il n’est pas qu’un photographe. On le voit dans ses œuvres, dans sa façon de se mettre en scène à travers ses tenues. C’était facile de m’asseoir, de dessiner tout en étant à son écoute quant aux choix des tissus ou autre », insiste Adama Paris qui, en 2012, donnait l’occasion au jeune Omar Victor Diop d’intégrer les coulisses de sa Dakar Fashion Week au même titre que les photographes de CNN, BBC ou Reuters.

Depuis, les deux se tiennent en haute estime. « Adama est un peu mon Ariane et je suis son fil. Elle est ma sœur et ma confidente artistique ». Que deviendra cette collection inédite ? « Peut-être que certains modèles accompagneront la suite de l’exposition », avance Adama Paris. « Mais surtout, Omar et moi, nous allons shooter tout cela ! ».

Voilà qui promet une série photographique d’envergure, placée sous le signe de la mode entre vintage et contemporanéité. Et, depuis les rencontres de Bamako de 2011 lors desquelles il a révélé l’étendue de son talent, force est de constater qu’Omar Victor Diop est un expert en la matière.

Les prochaines soirées nomades de l’exposition Malick Sidibé – Mali Twist  seront exclusivement musicales, avec des concerts de Toumani Diabaté, Songhoy Blues, Inna Modja, Ballaké Sissoko ou encore Rokia Traoré.

 

© Lumento/Fondation Cartier

© Lumento/Fondation Cartier

© Lumento/Fondation Cartier

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