MEDays 2017 : à Tanger, le Maroc se prépare pour les échéances cruciales d’Abidjan et Lomé

Alpha Condé, invité d'honneur du MEdays 2017 à Tanger, le 9 novembre. © DR / MEdays

La dixième édition de cet « événement incontournable dans l’agenda africain et international des grandes conférences » s’est ouverte mercredi à Tanger avec pour parrain et invité d’honneur Alpha Condé, le président guinéen et président en exercice de l’Union africaine. Tout un symbole.

A plusieurs moments, cette grand-messe non-gouvernementale mais placée « sous le haut patronage » du roi Mohammed VI a pris des allures d’introduction à deux rendez-vous importants, tant pour le royaume du Maroc que pour l’ensemble du continent : le cinquième sommet Union européenne (UE)-Union africaine (UA), qui s’ouvrira le 29 novembre à Abidjan ; et le 52ème sommet de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), prévu pour décembre à Lomé.

Symbole de cette volonté affichée de coller à ces événements à venir : l’invité le plus fameux de cette édition est sans aucun doute Alpha Condé, président de l’UA. « Ce dernier a été convié après que la Maroc a réintégré l’UA en janvier 2017 », confie un membre de l’Institut Amadeus, qui organise les MEDays.

Tanger, pour parler des relations entre UA et UE

Le workshop inaugural a eu lieu dans l’ambiance feutrée d’un salon du Hilton de Tanger. Quelques convives, seulement, discutant sous les regards d’une vingtaine de journalistes. Thématique : « Afrique – Union Européenne : quel partenariat gagnant-gagnant ? »

Un sujet qui sonnait comme plus qu’un clin d’œil au sommet d’Abidjan. « Nous tenions à ce que les rapports entre l’Afrique et l’Europe soient au centre de cette édition », confie Younes Slaoui, cofondateur des MEDays, qui se tiennent dans une ville qui fait, là encore, figure de symbole. C’est qu’ici, par temps clair, on peut apercevoir l’Europe depuis les hauteurs de la ville ou des salons d’hôtel dans lesquels se rencontrent les participants.

Lorsqu’il prend la parole, Dacian Ciolos, Premier ministre de la Roumanie il y a encore peu, met les pieds dans le plat : « L’UE ne parvient plus à valoriser les fonds qu’elle dédie au développement en Afrique. Trop souvent elle a du mal à prioriser les projets et délègue à d’autres leur pilotage. »

Le FMI a souvent affaibli par ses propositions les administrations nationales qui avaient l’expérience du terrain

Plusieurs participants opinent du chef. La question de la structuration des rapports entre l’Europe et l’Afrique est sur la table. « Il y a un changement complet de paradigme », assène Lawrence Gonzi, ex-Premier ministre maltais, qui plaide à demi-mots pour un rôle accru du secteur privé dans les relations entre les deux continents.

Martin Ziguélé, ancien Premier ministre de la République centrafricaine aujourd’hui député de la gauche, est un habitué des MEDays. Il se fait lanceur d’alerte : « N’oublions pas que le FMI a souvent affaibli par ses propositions les administrations nationales qui avaient l’expérience du terrain. »

Plusieurs invités relèvent également l’inadéquation de fond entre les objectifs de développement et les investissements, d’un côté, et les logiques qui sous-tendent les accords commerciaux de l’autre.

La discussion a bien des allures de répétition pour Abidjan, ou du moins du forum des affaires UE-Afrique (EABF), qui aura lieu le 27 novembre 2017 dans la même ville, en marge du 5e sommet UA-UE.

Et Brahim Fassi-Fihri, président de l’Institut Amadeus l’assume. « En toute modestie, nous pensons pouvoir aider à faire en sorte que le sommet d’Abidjan soit une réussite, avec des retombées réelles », dit-il à Jeune Afrique.

En attendant l’entrée dans la Cedeao

Pour les Marocains, les MEDays sont aussi une occasion de réitérer leur position quant à la question de la participation de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) au sommet d’Abidjan.

Personne, ici, ne veut s’étendre sur le sujet, mais l’événement est bien un lieu de diplomatie parallèle. Cadres du public et du privé chérifiens sont en nombre et les cartes de visites glissent de mains en mains tout au long des journées de discussion et de rencontres. Les « speakers », comme on dit ici, sont 150, venus de quelques 70 pays différents.

« Des discussions ont lieu en coulisses, c’est logique au vu des qualités des invités », glisse un Marocain. « Mais je crois bien que ce n’est pas tant ce sujet qui anime les discussions que le projet marocain d’intégrer la Cedeao », continue notre source. Après son retour au sein de  l’UA, le Maroc a en effet demandé à intégrer la Communauté économique ouest-africaine.

Débat Sénégal – Maroc

Et l’adhésion à la Cedeao était justement le sujet d’une conférence, jeudi 9 novembre. Deux Sénégalais – Mankeur Ndiaye, ex-ministre des Affaires étrangères et Moubarack Lô, conseiller spécial du Premier ministre – ont échangé sur ce thème avec deux Marocains – Jawad Kerdoudi, président de l’Institut marocain des relations internationales et Mohamed Methqal, directeur général de l’Agence marocaine de la coopération internationale.

Il n’y a pas d’obstacle juridique à une intégration à la Cedeao par le Maroc

Le débat a permis de confirmer que le Sénégal compte bien parmi les « amis du Maroc ». « Il n’y a pas d’obstacle juridique à une intégration à la Cedeao par le Maroc », a ainsi assuré Mankeur Ndiaye, devant des centaines de participants venus de dizaines de pays. Il a également rappelé qu’une étude d’impact a été commandée par la Cedeao sur les retombées possibles de l’entrée du Maroc dans la Communauté économique ouest-africaine. Ses résultats seront dévoilés à Lomé, lors du sommet de décembre prochain.

A Moubarack Lô, qui soulignait que l’UA enjoint à ses pays membres de « ne pas adhérer à plus d’organisations qu’il n’en faut », Mohamed Methqal a répondu que l’Union du Maghreb arabe (UMA), dont le Maroc est membre, est « au point mort » et n’a abouti qu’à une très faible intégration régionale. Dans le public, les auditeurs marocains acquiescent à l’intervention.

Jawad Kerdoudi a pour sa part insisté sur le fait qu’une adhésion du Maroc à la Cedeao pourrait très largement modifier les mouvements migratoires, compte tenu des règles régissant la liberté de circulation et d’établissement au sein de l’espace ouest-africain.

Diplomatie en coulisses

Les relations entre les continents européen et africain ont également, de nouveau, été abordées. Et pour cause : le Maroc et la Cedeao sont, chacun de leur côté, liés à l’UE par des accords économiques.

En cas d’adhésion, le Maroc, qui ne connaît aucun droit de douanes avec l’UE  devra se plier à l’application du tarif extérieur commun appliqué dans la Cedeao. Si les panelistes ne cachent pas au public cet aspect technique de l’adhésion, ils n’en conservent pas moins un ton optimiste.

A l’issue de ce débat, Moubarak Lô et Mankeur Ndiaye ont été chaudement applaudis, après avoir vigoureusement défendus la marocanité du Sahara et les positions de Rabat au sein de l’UA.

Nous sommes aussi un trait d’union, un pont, entre les États et les sociétés civiles

Durant ces MEDays, les Marocains ont répété leur partition : la diplomatie se fait à la fois sur scène et en coulisses, la société civile doit soutenir la stratégie de l’État, marcher avec lui sur les grands axes qui doivent être connus de l’opinion publique et soutenue par elle. Et, enfin, les intérêts de Rabat doivent converger autant que possible avec ceux des autres capitales africaines.

Au total, 3000 personnes ont assisté aux débats sur les quatre premiers jours des MEDays, parmi lesquels de nombreux étudiants marocains. « Nous sommes aussi un trait d’union, un pont, entre les États et les sociétés civiles », se félicite Younes Slaoui.

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