Togo : face aux appels à de nouvelles manifestations, le gouvernement joue l’apaisement

CRS togolais face à des manifestants supportant le leader de l'opposition Jean-Pierre Fabre, à Lomé, le 9 mars 2010. © Sunday Alamba/SIPA/AP

Les militants de la coalition de l’opposition sont de retour ce 7 novembre dans les rues pour trois jours de manifestations. Lundi soir, le gouvernement a annoncé une série de mesures pour tenter de créer un « climat d’apaisement » et favoriser une amorce de dialogue politique.

L’opposition togolaise entame ce 7 novembre trois jours de manifestations à travers le pays pour exiger notamment le retour à la Constitution originelle du 14 octobre 1992, la révision du cadre électoral et l’instauration du droit de vote des Togolais de l’étranger. Hier soir, lundi dans la soirée, le gouvernement, dans un communiqué lu sur le plateau du journal de la télévision nationale, a annoncé plusieurs mesures pour amorcer une décrispation de la tension politique dans le pays.

« Le gouvernement a décidé de prendre les mesures nécessaires à la remise en liberté de 42 personnes interpellées, jugées et condamnées par diverses juridictions dans le cadre des récentes manifestations violentes », indique le texte, délivré par Yaovi Attigbe Ihou, le ministre en charge de l’Industrie et du Tourisme.

Sont également prévues la restitution des motocyclettes saisies à Lomé lors de la manifestation du 7 septembre 2017 et la levée de la mesure de contrôle judiciaire de Jean-Pierre Fabre, chef de file de l’opposition, dans la procédure des incendies des marchés de Lomé et de Kara.

Après être revenu sur la décision d’interdire les marches de l’opposition les jours ouvrables, le gouvernement opte donc pour la méthode douce pour tenter de désamorcer une crise qui dure depuis bientôt trois mois.

Vraie main tendue ou leurre ?

Le gouvernement a également annoncé prendre des « dispositions nécessaires pour l’ouverture à Lomé d’un dialogue avec l’ensemble de la classe politique togolaise », alors que de nombreuses voix s’élèvent depuis plusieurs semaines, au Togo et au sein de la communauté internationale, pour appeler les protagonistes de la crise en cours à ouvrir un dialogue politique.

Le gouvernement veut montrer à l’extérieur sa bonne foi, tout en étant sûr que l’opposition va refuser le dialogue

Commentant ces annonces, Mohamed Madi Djabakate, président du Conseil d’administration du Centre pour la gouvernance démocratique et la prévention des crises (CGDPC) estime que le « gouvernement commence à prendre conscience qu’il ne peut pas opérer les réformes tout seul et a envie de faire des concessions à l’opposition ».

Si les principaux leaders de la contestation ne se sont pas encore prononcés sur cette main tendue du pouvoir, Mohamed Madi Djabakate estime que « l’opposition va s’en prévaloir comme de préliminaires [qu’ils ont] obtenu et qui augurent d’un succès probable face au régime ».

Un leurre, prévient l’expert, qui ajoute que « le gouvernement en réalité veut montrer à l’extérieur sa bonne foi, tout en étant sûr que la gourmandise de l’opposition va la pousser à refuser le dialogue en dressant un chapelet de préalables ». La réaction de l’opposition à ces différentes annonces devrait être connue à la fin des manifestations d’aujourd’hui.

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