RDC : la communauté internationale vigilante après la publication du calendrier électoral

Par Jeune Afrique avec AFP

Joseph Kabila, président de la RDC, à Kinshasa, le 29 juin 2010. © Dirk Waem/AP/SIPA

La République démocratique du Congo a tenté de rassurer ses partenaires occidentaux avec l'annonce ce 5 novembre d'un calendrier électoral qui prévoit des élections en décembre 2018.

Le mandat de Joseph Kabila a expiré depuis le 20 décembre 2016. Il s’était déjà engagé à organiser des élections fin 2017. Les autorités mettent en avant la situation sécuritaire pour justifier leur décision de n’organiser le prochain scrutin qu’en 2018.  Pour l’opposition, le président et ses proches s’accrochent au pouvoir pour piller le Congo.

Les contraintes existent dans ce pays qui compte entre 70 à 80 millions d’habitants et n’a jamais connu d’alternance politique pacifique. Outre les enjeux logistiques, comme l’acheminement du matériel électoral, la Commission électorale (Céni) a insisté le 5 novembre sur la difficulté d’enregistrer près de 45 millions d’électeurs dans le contexte actuel.

« Des agents de la Céni ont été décapités », a avancé son président Corneille Nangaa, au sujet des violences dans le Kasaï, dans le centre du pays.

Soutien conditionné des États-Unis

« Ce calendrier fantaisiste est une manoeuvre de plus d’un régime prédateur qui veut s’accrocher indéfiniment au pouvoir, a réagi un des principaux opposants, Moïse Katumbi. Avec sa famille et ses proches, ils continuent leur pillage du Congo ». Cette opposition demande le départ de Joseph Kabila au 31 décembre de cette année, en vertu d’un accord pouvoir-opposition signé fin 2016.

« Les élections doivent être organisées en 2018 sinon la RDC ne doit pas compter sur le soutien des États-Unis et de la communauté internationale ». L’ambassadrice américaine auprès des Nations unies Nikki Haley avait lancé cette mise en garde lors de sa visite il y a dix jours. L’émissaire de Donald Trump a été entendue puisque la commission électorale évoquait avant sa visite des élections en mars-avril 2019.

« La publication d’un calendrier électoral – longtemps attendu – établit un échéancier clair pour une transition du pouvoir », a réagi le 6 novembre Nikki Haley tout en prévenant que « de nouveaux retards et tentatives de garder le pouvoir ne feront qu’isoler les dirigeants et le gouvernement de RDC ».

La France, qui a la réputation de « tenir le stylo » des textes onusiens sur la question congolaise, et donc de la prochaine résolution prévue en mars, a évoqué « une équipe coordonnée d’experts pour appuyer la préparation des élections ».

Ancienne puissance coloniale, la Belgique, serait partagée au sommet entre le Premier ministre, Charles Michel, qui a rencontré le président Kabila à New York en septembre, et le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, tenu à l’écart par Kinshasa pour sa proximité supposée avec l’opposition.

Joseph Kabila encore en position de force

Sur le plan politique, l’union sacrée est effective entre les deux leaders du Rassemblement de l’opposition (Rassop), Moïse Katumbi et Félix Tshisekedi. Mais ce dernier ne semble pas être en mesure de mobiliser les foules comme son père, le leader historique de l’opposition Étienne Tshisekedi, décédé à Bruxelles le 1er février.

Ex-gouverneur du Katanga, président du célèbre « TP Mazembe », l’un des grands clubs de football africains, Moïse Katumbi affirme qu’il est populaire dans tout le pays. Mais il se trouve en exil de fait à Bruxelles après sa condamnation dans une obscure affaire immobilière. Il annonce son retour en décembre, sans préciser comment il peut éviter la case prison.

Le mouvement citoyen Lucha a lancé un appel au soulèvement pour « bloquer la RDC jusquà la chute effective du régime de Kabila ». Dans les faits, chaque manifestation est sévèrement réprimée comme le 30 octobre dernier à Goma, où cinq personnes sont mortes dont un policier.

Le rapport de force semble être donc encore favorable au président Joseph Kabila. À défaut d’être populaire et de pouvoir compter sur une armée 100% fiable, il peut s’appuyer sur les autres organes sécuritaires de l’État comme la garde présidentielle et les renseignements ainsi que son entourage proche.

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