Soudan : Omar el-Béchir veut « vider » les camps de déplacés du Darfour et accuse les ONG

Par Jeune Afrique avec AFP

Omar el-Béchir au sommet de l'UA, le 14 juin 2015 à Johannesburg. © Shiraaz Mohamed/AP/SIPA

Le président soudanais Omar el-Béchir a estimé lundi qu'il était temps de fermer les camps de déplacés du Darfour maintenant que, selon lui, la guerre dans cette région est terminée. Il reproche aux ONG de "faire des affaires au nom de l'aide aux déplacés".

« Le Darfour se remet (de la guerre) et la prochaine étape est de vider les camps de déplacés car nous ne voulons plus de déplacés », a indiqué lundi 6 novembre le président soudanais devant une convention de jeunes à Khartoum. Omar el-Béchir affirme que la guerre est désormais terminée, ce que contestent des organisations de défense des droits de l’Homme. Les Nations unies ont décidé de réduire leurs forces constituant la mission conjointe ONU-Union africaine au Darfour (Minuad), à cause d’une baisse des combats dans cette région de l’ouest du Soudan.

Ce conflit, qui a fait plus de 300 000 morts depuis 2003 selon l’ONU, vaut à Omar el-Béchir d’être visé par deux mandats d’arrêt internationaux de la Cour pénale internationale pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. L’organisation estime à 2,5 millions le nombre de personnes déplacées par les combats depuis près de 15 ans au Darfour, un territoire grand comme la France. La plupart vivent encore dans des camps.

Plusieurs ONG expulsées en 2009

« Les déplacés doivent retourner dans leurs villages, nous leur fournirons la sécurité et des services », a déclaré le président Béchir. Selon lui, les camps de déplacés sont devenus une affaire d’argent pour les ONG étrangères d’aide humanitaire.

« Elles viennent (au Soudan), offrent de l’aide humanitaire, prennent des photos de notre peuple pour obtenir des donations et ensuite gardent 80% de ces donations pour elles », a-t-il indiqué, sans nommer ces organisations.

« Elles investissent dans la souffrance de notre peuple et font des affaires au nom de l’aide aux déplacés », a ajouté le président soudanais, qui critique régulièrement les ONG. En 2009, il avait fait expulser plusieurs de celles qui opéraient au Darfour.

« Insécurité » et « manque de services de base »

Le conflit au Darfour a éclaté en 2003 lorsque des groupes armés issus de minorités ethniques sont entrés en rébellion contre le pouvoir central, dominé par les Arabes. Même s’il y a eu une réduction significative des combats, des accrochages meurtriers entre tribus s’y déroulent encore.

Selon l’ONU, trois millions de personnes au Darfour ont besoin d’une aide humanitaire, dont près de 1,6 million de déplacés vivant dans une soixantaine de camps.

« Le manque de services de base et d’infrastructures, ajouté à l’insécurité qui prévaut dans certains secteurs, continuent d’empêcher des déplacés de revenir dans leurs régions d’origine », a récemment estimé le bureau des Nations unies pour les Affaires humanitaires.