Algérie : Rachid Boudjedra fait machine arrière sur l’appartenance de Kamel Daoud au GIA

Rachid Boudjedra en 2012. © Capture d'écran YouTube

Rachid Boudjedra et son éditeur retireront le passage de son dernier ouvrage, dans lequel il accuse Kamel Daoud d'avoir été membre du Groupe islamique armé (GIA) pendant la « décennie noire » en Algérie.

L’écrivain algérien Rachid Boudjedra compte retirer le passage de son livre dans lequel il accuse son confrère Kamel Daoud d’avoir appartenu au GIA, ce groupe terroriste de sinistre mémoire dont les attentats ont ensanglanté l’Algérie pendant la décennie noire. Un passage qui avait poussé l’auteur de Meursault, contre-enquête à déposer plainte contre Boudjedra. « Lire dans un ouvrage publié que j’ai été « très jeune membre du GIA », donc membre d’un groupe d’assassins qui a marqué au sang notre souvenir et nos corps, m’est intolérable. Insupportable », écrivait Kamel Daoud dans une tribune adressée à Jeune Afrique, début octobre.

A son tour, le 31 octobre, Rachid Boudjedra s’est fendu d’un communiqué, publié dans Le Temps d’Algérie, pour annoncer sa décision de retirer le passage incriminé. « Le pamphlet Les contrebandiers de l’histoire, porte fondamentalement sur la trahison et l’usurpation de l’histoire nationale par certains intellectuels et écrivains algériens », y écrit l’auteur, ajoutant que « le passage évoquant l’appartenance de l’écrivain Kamel Daoud au groupe terroriste GIA, durant sa jeunesse, a visiblement capté l’attention d’un nombre important de lecteurs, détournant ainsi le regard sur l’objet principal du pamphlet. »

Un retrait – finalement – sans condition

C’est pourquoi il annonçait alors avoir décidé, en accord avec la maison d’édition Frantz Fanon, de retirer le passage incriminé dans la réédition du livre, la première ayant déjà été épuisée. Joint par Jeune Afrique, l’éditeur de Rachid Boudjedra, Amar Ingrachen explique que l’auteur ne souhaite désormais plus communiquer formellement sur cette affaire. Il affirme également ne pas avoir été surpris par la plainte de l’auteur de Meursault, contre-enquête. 

Céline n’a jamais intenté de procès à Sartre pour l’avoir traité de « nazi »

« Je m’y attendais, certes, mais ce que je déplore, c’est cette judiciarisation de la vie intellectuelle en Algérie. Kamel Daoud aurait pu répondre par une tribune. Céline n’a jamais intenté de procès à Sartre pour l’avoir traité de « nazi » », déclare le responsable des Éditions Frantz Fanon, lui-même journaliste et écrivain – il est l’auteur du Temps des grandes rumeurs. 

Quant à connaître la motivation de cette décision de retrait, l’éditeur répond sèchement : « Je n’ai rien à vous dire à ce sujet ! » Deux heures plus tôt, il avait pourtant assuré à Jeune Afrique qu’il envisageait de conditionner le retrait du passage incriminé au retrait de sa plainte en diffamation par Kamel Daoud.

« S’il retire sa plainte, nous concrétiserons notre annonce de supprimer le passage en question », assurait, dans un premier temps, Amar Ingrachen.

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