Soldats américains tués au Niger : la mission devait « capturer mort ou vif » un dirigeant jihadiste, selon ABC

Par Jeune Afrique avec AFP

Le corps d'un des quatre soldats américains morts dans l'embuscade du 4 octobre 2017 rapatrié aux États-Unis. © Staff Sgt. Aaron J. Jenn/AP/SIPA

Des éléments de l'embuscade ayant causé la mort de quatre militaires américains au Niger contredisent la version officielle, selon un récit publié jeudi par la chaîne américaine ABC. Le média cite des sources nigériennes et des services de renseignement américain.

L’opération des 3 et 4 octobre de l’équipe américano-nigérienne a été présentée par le chef d’état-major Joe Dunford comme une « patrouille de reconnaissance ». Mais selon des témoignages de hauts-gradés nigériens recueillis par ABC, c’était en fait une mission destinée à « capturer mort ou vif » un dirigeant jihadiste lié aux groupes État islamique et Al-Qaïda et identifié comme Dandou.

L’objectif de la mission a « changé »

Selon des sources des services de renseignement, la mission initiale était bien une patrouille ordinaire. Mais elle a été modifiée en cours de route, rallongeant la présence des soldats américains dans la zone, où ils sont restés plus de 24 heures.

« Ils devaient faire l’aller-retour dans la journée », a indiqué un responsable des services de renseignement américain cité par la chaîne. « Mais ils sont restés là-bas tellement longtemps pour une mission qui a changé, qu’ils ont été remarqués, surveillés et finalement attaqués. »


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Selon la version officielle présentée la semaine dernière par le général Dunford, la patrouille de reconnaissance composée de douze soldats américains des forces spéciales et trente soldats nigériens revenait du village de Tongo Tongo, près de la frontière avec le Mali, lorsqu’elle a été attaquée par un groupe de cinquante combattants affiliés au groupe État islamique. Les hommes étaient équipés de petites armes à feu, de grenades et de véhicules armés.

Une première demande de renforts refusée par les Américains

Les forces spéciales n’ont appelé des renforts qu’après une heure de combat, a précisé le chef d’état-major, laissant entendre que la patrouille américano-nigérienne pensait initialement pouvoir venir à bout de ces combattants. Or selon un officier nigérien cité par ABC, les Nigériens avaient demandé des renforts qui leur ont été refusés par la partie américaine.

Cinq soldats nigériens, qui patrouillaient avec les Américains, ont également été tués.

Selon des sources américaines, une deuxième équipe de forces spéciales américaines devait venir en renfort mais n’a pas pu les rejoindre pour des raisons encore incertaines. Certains évoquent des problèmes de communication, d’autres la mauvaise météo.

La présence d’une deuxième équipe a été reconnue par le Pentagone, mais la version officielle est qu’une attaque était improbable car il y a eu au moins 26 missions dans la même région ces six derniers mois sans problème.

Implication de la CIA

En outre, selon les sources d’ABC, la CIA était impliquée dans la mission, alors que le général Dunford a affirmé n’être pas au courant d’une implication des services secrets américains.

Enfin la version officielle est que le corps du quatrième Américain, le sergent La David Johnson, 25 ans, a été retrouvé par des soldats nigériens un peu à l’écart des autres. En fait, son corps aurait été restitué à l’armée nigérienne par les villageois alors qu’un groupe de soldats américains avançait vers le village en formation d’attaque.

Interrogé sur tous ces détails, le Pentagone s’est refusé à tout commentaire. « Mener une enquête approfondie sur cet événement malheureux est la priorité numéro un du ministère de la Défense », a indiqué une porte-parole. « Je ne ferai aucun autre commentaire tant que nous n’aurons pas une vision complète de ce qui s’est passé ou pas ».

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