À Dakar, les dessinateurs de presse s’engagent pour Ghislaine Dupont et Claude Verlon

© DR/ Fatma Ben Hamad pour JA

Il y a tout juste quatre ans, la journaliste de Radio France International Ghislaine Dupont et son collègue technicien Claude Verlon étaient assassinés à Kidal, dans le nord du Mali, par Al-Qaida au Maghreb islamique. À Dakar, en hommage aux deux disparus, l'association des "Amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon" à inauguré une exposition de dessins de presse.

À l’occasion du quatrième anniversaire de leur assassinat, l’association réunissant les amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon organise à l’Institut français de Dakar une exposition intitulée « Dessiner pour ne pas tirer un trait », présentant les œuvres que leur ont dédiés des dessinateurs de presse français et africains. Le vernissage, qui s’est tenu le 2 novembre, coïncide également avec la « Journée internationale de la fin de l’impunité des crimes commis contre des journalistes », décrétée par l’ONU en hommage aux deux journalistes de RFI.

Parmi les contributeurs figurent notamment les noms de Dilem, Glez, Willem, Wozniak, Trax, Plantu, et tant d’autres plumes réputées exerçant dans la presse francophone européenne ou africaine, ainsi que des illustrateurs et des étudiants en art ou en graphisme.

La veille, 1er novembre, une conférence de presse organisée par RFI et par les amis de Ghislaine et Claude a eu lieu au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI), une école de journalisme rattachée à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), à Dakar. Devant une salle comble, les intervenants de l’association ainsi que des confrères des disparus se sont exprimés sur les circonstances de leur mort et la soif de vérité des familles. Toujours à Dakar, la quatrième bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon vient d’être attribuée à un journaliste ainsi qu’a une technicienne de reportage radio, tous deux Sénégalais : Arona Diouf et Nicole Diedhiou.

Dessinateurs mobilisés

« Ce projet d’exposition a pris forme projet fin 2016, explique Pierre-Yves Schneider, le secrétaire général et porte-parole de l’association. Nous avons d’abord contacté les dessinateurs les plus réputés, qui avaient traité le sujet dans la presse régionale ou nationale, puis la collection s’est enrichie ». La collection, qui comporte actuellement une quarantaine de dessins, ne demande qu’à s’enrichir de plus de contributions.

Je ne suis pas journaliste mais dessinateur de presse, et cela suffit déjà à me sentir menacé

Pourquoi avoir choisi d’exposer au Sénégal ? « Dakar est la capitale des médias d’Afrique francophone. Les journalistes y sont respectés. Ghislaine y a vécu une partie de sa petite enfance [et] Claude y a accumulé de nombreux souvenirs professionnels », souligne le communiqué de l’association.

Un regret toutefois : les dessinateurs africains ne sont pas légion. « Nous n’avons pas forcément leur contact, c’est vrai, mais outre Glez et Dilem, le bédéiste malgache Riri et le dessinateur sénégalais Odia ont récemment rejoint le projet », relativise Pierre-Yves Schneider.

De son vrai nom Tojoarisoa Rindraniaina Razafindrabe, Riri se sent « directement concerné par les atteintes aux journalistes et à la liberté de la presse dans les pays africains ». Selon lui, depuis le vote du Code de la communication, en juillet 2016, les journalistes malgaches vivent dans une ambiance d’insécurité.

« Je ne suis pas journaliste mais dessinateur de presse, et cela suffit déjà à me sentir menacé », confie-t-il à JA. Par sa contribution à la collection ambulante réunie par les Amis de Ghislaine et Claude, le dessinateur malgache tient à dénoncer les pratiques répressives envers les professionnels de l’information, et à affirmer sa vision de la liberté de la presse.

 

Dessin de Riri en hommage à Ghislaine et Claude en septembre 2016. © Riri

 

Itinérante et actualisable, l’exposition devrait se décliner dans d’autres capitales africaines, comme Ouagadougou et Bamako. En France, elle sera présentée à Bordeaux, la ville de Marie-Pierre, la sœur de Claude Verlon, et de Denise, leur mère, du 6 au 22 novembre, puis à la Sorbonne, à Paris, en mars 2018.


Quatre ans après, une enquête qui piétine

Si l’information judiciaire instruite à Paris semble piétiner, l’enlèvement suivi de l’assassinat des deux journalistes de RFI a resurgi dans l’actualité en janvier, suite à la diffusion par l’émission Envoyé Spécial du reportage « Otages d’Etat ».

Un documentaire qui évoque la piste d’un lien possible entre la libération de certains des otages de la compagnie Areva et d’une filiale du groupe Vinci enlevés en 2010 à Arlit, au Niger, par Aqmi, et l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, quelques jours plus tard.

Areva et le ministère français des Affaires étrangères s’étaient alors investis dans les négociations. Or, la somme débloquée par le ministère en 2010 n’aurait pas été perçue intégralement par Aqmi en 2013, ce qui aurait, selon Envoyé Spécial, déclenché une opération de représailles contre les deux journalistes.  

Cette piste, les enquêteurs français l’ont écartée, la jugeant peu crédible. Une décision que les familles jugent « tout aussi décevante qu’arbitraire ». Elles ont assuré avoir la volonté de se battre pour que « la vérité éclate ».

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