Exécutions extra-judiciaires : Human Rights Watch accuse le Rwanda de « nier les meurtres »

Un blindé de l'armée rwandaise à Kigali le 30 août 2017. © AP/SIPA

Dans un récent rapport, la Commission nationale rwandaise des droits de l’homme accusait l'ONG américaine d'avoir menti sur les exécutions extra-judiciaires et d'avoir présenté comme assassinées des personnes toujours vivantes. Human Rights Watch maintient ses accusations, soupçonnant les autorités rwandaises d'avoir fait pression sur les familles.

Le bras de fer entre le Rwanda et Human Rights Watch (HRW) continue. Après avoir été accusée par Kigali d’avoir délibérément menti dans un rapport sur les exécutions extra-judiciaires dans le pays, l’ONG de défense des droits de l’homme persiste et signe.

HRW accuse les autorités rwandaises de chercher à « nier les meurtres » et d’avoir fait pression sur les familles des victimes. Selon les auteurs du rapport initial de HRW, ces dernières auraient été exécutées sommairement par les forces de sécurité.

Rapports, contre-expertises et contre-contre-enquêtes

Diffusé le 13 juillet dernier, le rapport « Tous les voleurs doivent mourir » recensait 37 cas d’exécutions extra-judiciaires, visant essentiellement des petits délinquants, commises par la police et les forces de sécurité. Mais le 9 octobre, la Commission nationale rwandaise des droits de l’homme (NCHR)  publiait un rapport en forme de contre-enquête. Selon la Commission rwandaise, sur les 37 personnes que l’ONG présente comme ayant été abattues par les forces de l’ordre, sept sont en réalité toujours vivantes, quatre seraient décédées de mort naturelle, et six autres dans des accidents.

Côté rwandais, la cause est entendue : Human Rights Watch ment. Faux, répond l’ONG, qui se livre à son tour à une contre-expertise de la contre-enquête de la NCHR, citant quelques cas emblématiques dont celui d’Elias Habyarimana, dont l’ONG affirme qu’il a été tué en mars.

« La NCHR a mis en avant une femme nommée Pelagie Nikuze qui a déclaré qu’Habyarimana est son mari et qu’il vit en Belgique », écrit HRW. Or l’ONG indique avoir « découvert que l’homme qui se trouve en Belgique est en fait une autre personne. L’homme tué en mars était un pêcheur qui n’avait jamais eu de passeport ».

HRW relève par ailleurs des « incohérences » dans les cas documentés par la Commission rwandaise, comme celui d’Alphonse Majyambere. Lors de sa conférence de presse, le 13 octobre, la NCHR a en effet présenté un homme portant ce nom, qui avait 64 ans selon sa carte d’identité. Mais le Alphonse Majyambere dont HRW a documenté l’exécution sommaire était, lui, né en 1981, soit âgé d’environ 35 ans au moment de son décès présumé.

Craintes pour les familles

HRW, qui se dit également très inquiète pour les familles des victimes, cite par ailleurs des témoignages selon lesquels des pressions auraient été exercées sur des proches des victimes.

Les autorités rwandaises sont peu disposées à tolérer les critiques

« Les autorités locales m’ont demandé si j’étais prêt à raconter aux autorités qui se rendraient dans notre village que [la victime] était morte à la suite d’une maladie à l’hôpital, mais j’ai refusé », déclare un proche. « J’ai vu comment elle a été tuée, et je ne pouvais pas changer la vérité. Quelques jours plus tard, j’ai été arrêté. »

 

 

« Les autorités rwandaises sont peu disposées à tolérer les critiques ou à faire de véritables efforts pour améliorer le bilan du pays en matière de droits humains », estime Ida Sawyer, directrice pour l’Afrique centrale de HRW, dans un communiqué publié le 1er novembre.

HRW sur la sellette au Rwanda

« Au lieu de discuter des conclusions avec Human Rights Watch – avant la publication –, comme cela a été demandé, et d’ouvrir des enquêtes sérieuses, les officiels rwandais ont présenté de fausses informations et ont menacé ceux qui osaient s’exprimer sur les meurtres », poursuit-elle.

L’ONG se retrouve plus que jamais sur la sellette au Rwanda. Le 19 octobre, le Parlement a recommandé au gouvernement de réévaluer sa relation avec Human Rights Watch afin que « les actes ignobles et diffamatoires contre le Rwanda et le peuple rwandais ne se poursuivent pas ».

Un député a même qualifié le directeur de l’ONG de « chien des génocidaires », reprenant les allégations du ministre de la Justice, Johnston Busingye, qui affirmait que des employés de l’ONG collaboraient avec les rebelles extrémistes hutus des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), actifs dans l’est de la RDC.

Des accusations contre lesquelles l’ONG a dû se justifier, rappelant qu’elle avait déjà documenté par le passé les exactions des FDLR. Mais également que « les autorités rwandaises ont accusé à plusieurs reprises des personnes perçues comme des « opposants » au gouvernement de collaboration avec les groupes d’opposition ou les groupes armés exilés comme les FDLR ».

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