Liberia : présidentielle et manoir hanté

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Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Le palais présidentiel serait toujours hanté par les figures historiques sanguinolentes auxquelles on attribue des sonorités nocturnes allant des râles aux applaudissements. © Glez

Les candidats à la magistrature suprême libérienne ont-ils raison de se précipiter pour occuper le palais présidentiel ? Et si une malédiction planait sur les occupants de la bâtisse ?

« Le Manoir » : si le palais des chefs d’Etat libériens est connu sous cette appellation, c’est que le bâtiment aujourd’hui convoité par George Weah et Joseph Boakai inquiète bien au-delà de la date d’Halloween. Pour nombre de citoyens, l’édifice serait hanté par les fantômes des prédécesseurs d’Ellen Johnson Sirleaf, dont l’infortune fut souvent tragique. Les hommes passent, « le Manoir » reste, drapé dans sa légende morbide…

C’est le président William Tubman qui fit construire la bâtisse au début des années 1960. Si son décès, en 1971, est attribué à des causes médicales, nombre de Libériens n’ont pas oublié que le chef de l’Etat avait fait l’objet auparavant d’une prophétie macabre de la prêtresse Wilhelmina Bryant-Dukuly. C’est dans « le Manoir » que son successeur, William Richard Tolbert, fut éventré et défenestré, en 1980, sur l’initiative du sergent-chef Samuel Doe, lequel fit par ailleurs exécuter en public l’ensemble du gouvernement. Devenu président à son tour, Doe sera lui-même mis à mort dix ans plus tard, après avoir été longuement torturé. Une légende invérifiée prétend qu’on aurait élevé dans “le Manoir” des alligators nourris à la chair humaine. Si Charles Taylor y a emménagé sans y perdre la vie, il y fut tout de même agressé en 1996.

Ambiance lugubre

Le palais présidentiel serait toujours hanté par les figures historiques sanguinolentes auxquelles on attribue des sonorités nocturnes allant des râles aux applaudissements. Une autre légende indique qu’aucun chef d’Etat libérien ayant séjourné durablement dans l’immense bâtisse n’ait connu une fin apaisée. Si Ellen Johnson Sirleaf semble devoir achever son second mandat sans encombres, est-ce parce qu’elle n’aura passé que quelques nuitées au « Manoir », au lendemain de son investiture, en 2006 ? Si son déménagement vers une villa en bord de mer fut officiellement justifié par des travaux de décoration, il semble bien que l’élue avait été indisposée par l’ambiance lugubre du lieu.

Elle y aurait découvert des fenêtres peintes en noir, une surabondance de miroirs dans les salles d’eau, des peintures d’anges intimidants au plafond du bureau présidentiel, et même quelques traces de sang ! Un coup de pinceau suffira-il à conjurer un mauvais sort ? Après s’être heurtée à des ouvriers superstitieux, l’actuelle présidente put tout de même lancer des travaux de rénovation qui, pourtant, ne se déroulèrent pas en toute quiétude. Accidentel, criminel ou mystique, un incendie ravagea en partie la résidence présidentielle. Onze années plus tard, sa rénovation n’est toujours pas achevée. Dans deux ans, tout de même, le nouvel élu devrait avoir le loisir de séjourner au « Manoir ». S’il en a le courage…

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