Présidentielle au Kenya : Raila Odinga dénonce une « parodie d’élection »

Par Jeune Afrique avec AFP

Raila Odinga, le candidat battu à l'élection présidentielle du 8 août 2017, lors d'un meeting à Nairobi. © Sattid Abdul Azim/AP/SIPA

Le leader de l'opposition kényane, Raila Odinga, a promis ce 31 octobre de ne pas en rester là avec la « parodie d'élection » du 26 octobre, qu'il avait boycottée et qui a débouché sur la victoire du président sortant Uhuru Kenyatta, avec 98% des voix.

Nombre de Kényans espèrent que l’annonce le 30 octobre par la Commission électorale (IEBC) de la victoire d’Uhuru Kenyatta, 56 ans, sur un score plébiscitaire (98,26%), sonnera la fin de près de trois mois d’une crise qui a profondément divisé le pays.

L’opposition a été confortée dans son choix de boycotter l’élection par le faible taux de participation (38,8%), en très forte baisse par rapport au scrutin du 8 août (79%), déjà remporté par Uhuru Kenyatta et annulé par la Cour suprême pour irrégularités, une première en Afrique.

Ce chiffre décevant pour lui pose la question de la légitimité du président et l’opposition n’a donc pas l’intention de reconnaître sa défaite. Uhuru Kenyatta lui-même a admis que sa victoire serait probablement encore une fois soumise au test constitutionnel via les tribunaux.

« Désobéissance civile »

Raila Odinga, 72 ans, pourrait porter le fer sur plusieurs fronts. Il avait annoncé la semaine dernière le lancement d’une campagne de « désobéissance civile », pour forcer l’organisation d’une nouvelle élection dans les 90 jours, une option rejetée par le pouvoir.

À l’annonce de la victoire de Uhuru Kenyatta, quelques incidents ont éclaté dans les fiefs de l’opposition, dans les bidonvilles de la capitale Nairobi, ou dans l’ouest du pays, où l’ethnie luo de Raila Odinga est majoritaire.

Les partisans de Raila Odinga, qui ont empêché la tenue du scrutin dans quatre comtés de l’ouest sur les 47 que compte le pays, en bloquant les bureaux de vote, attendent ses consignes.

Très critiquée depuis le début de ce processus électoral, l’IEBC, sur laquelle la Cour suprême avait fait porter la responsabilité de l’invalidation du premier scrutin, a pris le risque de proclamer la victoire de Uhuru Kenyatta sans que le vote ait eu lieu dans l’Ouest.

Probablement après avoir reçu des garanties légales, elle a considéré que même si le vote avait lieu dans ces quatre comtés, il ne pourrait remettre en cause le résultat global.

Vingt-cinq circonscriptions, représentant quelque 9% du corps électoral, sont cependant concernées. Et l’IEBC n’a pas précisé si elle allait tenter une nouvelle fois d’y organiser le scrutin ou si elle y renonçait définitivement.

Division politico-ethnique

Fils du père fondateur de la Nation Jomo Kenyatta et leader de l’ethnie kikuyu, majoritaire dans le pays, Uhuru Kenyatta va être confronté à un défi immense : réconcilier un pays divisé sur des lignes politico-ethniques.

Mais il a jusqu’ici fait preuve d’une intransigeance qui augure mal de l’avenir. Le président n’a cependant pas exclu de tendre la main à l’opposition, mais pas avant qu’elle ait épuisé toutes ses possibilités de recours judiciaires prévus par la Constitution.

Encore traumatisé par le souvenir des violences post-électorales de 2007-2008 qui avaient fait plus de 1100 morts, le pays craint que les positions des uns et des autres ne se radicalisent encore et ne débouchent sur des violences de plus grande ampleur.

Au moins 49 personnes ont été tuées depuis l’élection du 8 août, dont 9 depuis le scrutin du 26 octobre, pour la plupart dans la répression brutale des manifestations par la police, dans les bastions de l’opposition.

Cette crise politique a durement affecté l’économie la plus dynamique d’Afrique de l’Est et épuisé les Kényans, lassés de l’impéritie de leur classe politique et qui aspirent pour beaucoup d’entre eux à reprendre une vie normale.

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