Les Béninois réservent un accueil mitigé au remaniement ministériel de Patrice Talon

Par - à Cotonou

Patrice Talon, à Cotonou, le 14 juin 2016. © Youri Lenquette pour Jeune AfriqueAfrica /Afrique Benin

Attendu depuis plusieurs mois, le remaniement ministériel intervenu le 27 octobre suscite des commentaires contradictoires à Cotonou. Si le camp présidentiel s'en félicite, l'opposition, elle, considère que « la montagne a accouché d’une souris »...

Pour ses partisans, le président Patrice Talon vient de former « une équipe de combat » destinée à conduire les réformes et autres grands travaux engagés dans le cadre de son programme d’action. Antonin Sèhou, membre d’une coalition de jeunes qui soutient le régime, salue le rajeunissement du nouveau gouvernement ainsi que l’augmentation symbolique du nombre de femmes (qui passe de 14% à 18%). « C’est un savant dosage entre les politiques et les techniciens », fait observer Euloge Fandégla, du Parti social démocrate (PSD), dont une représentante, Bintou Chabi Adam Taro, a été nommée ministre en charge des Affaires sociales et de la Microfinance. « Avec cette équipe, nous obtiendrons des résultats qu’aucun gouvernement n’a obtenus sous le Renouveau démocratique », lance un proche de la nouvelle ministre de la Communication, de l’Économie numérique et des TICs, Aurélie Adam Soule Zoumarou.

« Beaucoup de bruit pour rien »

L’opposition, elle, raille l’avènement de ce deuxième gouvernement. Ce 30 octobre, de nombreux journaux estimaient que « la montagne a accouché d’une souris ». Dès l’annonce du remaniement, le Parti pour la libération du peuple (PLP, opposition) a rendu public un communiqué dénonçant la reconduction des « mêmes visages » et le « recyclage d’anciens acteurs politiques » à un moment où le pays a besoin « d’une équipe gouvernementale solide, resserrée, paritaire, de combat et de probité pour le développement économique et social de notre pays ». C’est finalement « beaucoup de bruit pour rien », souligne Léonce Houngbadji, le président du PLP.

Du côté de l’homme d’affaires Sébastien Ajavon, ancien soutien du président Talon dont les proches ont été écartés de l’équipe gouvernementale, le remaniement est accueilli avec une relative indifférence. « Nous ne nous sentons pas concernés par le départ de ces trois ministres, à qui nous avions fait clairement savoir depuis octobre 2016 qu’ils n’avaient plus rien à faire au sein du gouvernement du président Talon. En étant aujourd’hui éjectés sans égards, ils reçoivent ce qu’ils méritent », estime un proche de l’homme d’affaires.

Un remaniement de « clarification »

Patrice Talon avait besoin de ce remaniement pour remettre en selle son gouvernement, amputé suite à des départs successifs. Il fallait notamment pourvoir au remplacement du ministre de la Défense, qui avait démissionné le 27 mars, et à celui du ministre des Infrastructures et des Transports,  limogé le 18 septembre. Certains ministres se trouvaient par ailleurs dans le creux de la vague : celui de la Culture était régulièrement critiqué pour « insuffisance de résultats » et celui du Commerce était cité dans plusieurs affaires de « conflit d’intérêt » ou de « collusion » avec des hommes d’affaires pakistanais dans le cadre de la commercialisation des noix d’anacarde.

« Ce remaniement a également permis de clarifier le « bicéphalisme » entre les deux ministres d’État du précédent gouvernement, analyse Patrick Hinnou, docteur en sociologie et en sciences politiques. En signant deux décrets de nomination distincts pour le ministre d’Etat chargé du Développement, Abdoulaye Bio Tchané, et le ministre d’État, secrétaire général de la présidence de la République, Pascal Irénée Koupaki, Patrice Talon a fait de Bio Tchané le numéro 1 du nouveau gouvernement et de Koupaki le numéro 1 parmi ses conseillers », ajoute Patrick Hinnou. Dans l’opinion, Pascal Irénée Koupaki est perçu comme le grand perdant du remaniement. S’il conserve le rang de ministre d’État, il ne fait clairement plus partie du gouvernement.

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