Épargne solidaire : le tropisme africain de la plateforme Solylend intéresse les banques françaises

Yaakaar, l'une des entreprises financées par Solylend, a pour objectif de fabriquer du charbon à partir de coques d'arachides. © ruurmo via Visual hunt / CC BY-SA

Moins d’un an après son lancement, la plateforme de financement participatif Solylend cumule les campagnes de levée de fonds en faveur d’entreprises françaises actives en Afrique, et intéresse tant les banques que des gestionnaires de fonds d’impact.

En mai et juin, la première campagne déployée sur la plateforme Solylend, qui propose aux internautes de contribuer, via des prêts à intérêt, au financement de projets solidaires, a vu 106 000 euros prêtés par 233 personnes pour financer un kit associant panneaux solaires, lampes et smartphones dont les 500 premiers exemplaires ont été depuis déployés en Casamance, au sud du Sénégal.

Dans la foulée, 42 000 euros ont été levés auprès de 74 prêteurs au profit de Yaakaar, une entreprise active au Sénégal dans la fabrication de charbon à partir de coques d’arachide, censé limiter la déforestation et les risques d’incendie occasionnés par le charbon de bois classique.

La troisième campagne aura pour objectif de récolter 100 000 euros au profit de Sunwaterlife, une société toulousaine spécialisée dans les solutions de potabilisation de l’eau, qui entend distribuer une nouvelle solution en Côte d’Ivoire. D’autres suivront dans les domaines de l’énergie toujours, mais aussi de l’élevage d’insectes par exemple.

80 projets par an pour assurer la rentabilité

Le porteur de projet qui utilise Solylend doit rembourser chaque mois le capital des prêteurs et 6% d’intérêts, et entre 4 et 6% du capital levé et 800 euros de frais de dossier forfaitaires à la plateforme.

Les projets sont sélectionnés par les quatre salariés de la société, au rythme d’un projet par mois en année 1, et l’objectif est de rapidement monter en cadence pour atteindre 80 projets par an – le seuil de rentabilité identifié par la société. La moitié des projets seront en Afrique, l’autre moitié en Asie et en Amérique du Sud.

Ce modèle est loin d’être unique. En 2015, près de 126 millions de dollars (115 millions d’euros) ont été levés dans le monde par le biais du crowdfunding pour financer des projets en Afrique, selon un rapport d’Afrikstart, plate­forme créée par Edwige Boum, une ancienne de BNP Paribas et de KPMG.

Sur la même période, les 57 plateformes opérant sur le continent ont collecté au total 32,3 millions de dollars, dont l’immense majorité en Afrique du Sud. Le marché croît sur l’ensemble du continent et pourrait atteindre, selon la Banque mondiale, 2,5 milliards de dollars à l’horizon 2025 – sur un potentiel mondial de 130 milliards.

Les banques nous disent que si elles ne trouvent pas un moyen rapide de redonner du sens à l’argent, elles seront obsolètes dans la décennie qui vient », explique Nicolas Pereira

Une start-up, deux atouts

Mais si les candidats sont nombreux, les plateformes se font et se défont aussi rapidement. Or Solylend a deux atouts qui pourraient lui permettre de surnager : une levée de fonds d’un million d’euros « bien engagée » qui pourrait être bouclée début 2018, aux dires de son fondateur, Nicolas Pereira, et les marques d’intérêt émanant d’une série de banques, dont Banque populaire et La Nef, et le gestionnaire de fonds I&P pour l’opportunité originale de placement « solidaire » de l’épargne française, voire européenne, que la plateforme représente.

« Les banques nous disent que si elles ne trouvent pas un moyen rapide de redonner du sens à l’argent, elles seront obsolètes dans la décennie qui vient », explique à Jeune Afrique Nicolas Pereira, 26 ans, le fondateur de Solylend, ancienne tête de liste du mouvement politique Nouvelle Donne aux élections régionales françaises de 2015.

Ainsi, Solylend a été sollicité par I&P Conseil, la nouvelle activité de conseil aux PME africaines du gestionnaire de fonds d’impact, pour éventuellement organiser la levée de fonds d’une entreprise togolaise de recyclage. Et à terme, Solylend pourrait étendre les levées de fonds en faveur de sociétés africaines. À condition de trouver des sources fiables de notation financière de ces sociétés pour rassurer les prêteurs. Une aubaine potentielle pour nombre de petites sociétés africaines dont les possibilités de financement font souvent cruellement défaut.

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