Tunisie : Slim Amamou, le pirate de retour par l’Allemagne

Slim Amamou © DR

Le militant des libertés numériques, co-fondateur du Parti pirate tunisien se présente aux élections partielles en Allemagne. Une candidature qui, si elle ne réussit pas, servira de répétition avant 2019.

Slim Amamou a nonchalamment annoncé sa candidature aux élections partielles en Allemagne, à venir au mois de décembre prochain, sur une liste du Parti pirate. En tunisien, sur Twitter, il gazouille : « Hier je suis allé à l’ambassade de Tunisie à Berlin et j’ai déposé ma candidature aux élections partielles en Allemagne. »

Depuis sa démission du gouvernement de transition, après quatre mois passés au poste de secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, en mai 2011, cette figure de la révolution est restée discrète. A l’époque, c’était le retour de la censure en ligne qui l’avait poussé à quitter ses fonctions. Aujourd’hui, c’est le principe de « démocratie directe en ligne » qui le motive à se présenter aux élections partielles. Dans l’imaginaire politique tunisien, le militant qui n’occupe aucun poste dans un parti qui tente de ne pas s’encombrer de hiérarchie ou de bureaucratie, incarne toujours la lutte pour les libertés numériques et de parole.

« Le parti pirate, crée en 2010 mais qui n’a été enregistré qu’en 2012 n’était pas prêt pour les élections de 2014. Nous avions prévu de nous présenter en 2019 mais ce siège resoumis au vote nous est apparu comme une aubaine. Alors nous tentons notre chance », explique le candidat de 39 ans, père d’un enfant et informaticien de profession. Et Slim Amamou peut d’autant plus se prendre à rêver qu’un gros millier de voix seulement risque de suffire pour gagner ce siège des Tunisiens résidant en Allemagne, libéré après que son occupant, Hatem Chahreddine Ferjani, a été nommé comme secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères chargé de la Diplomatie économique.

La campagne se fera avant tout en ligne, même si sur le terrain, les pirates tunisiens peuvent compter sur quelques militants. Le parti, conformément à la loi qui le régit, n’a pas le droit de recevoir d’aide matériel du très solide réseau « pirate » allemand. Mais les échanges de compétence et d’informations de longue date entre pirates tunisiens et allemands devraient aider les premiers à mener campagne.

Le cannabis et la carte biométrique

Le Parti pirate, qui revendique aujourd’hui quelques 300 militants et autant de sympathisants actifs, compte profiter de l’élection partielle pour appuyer ses revendications et son modèle alternatif de démocratie. « La démocratie directe reste la base de notre projet et de notre engagement », assène Amamou. Les pirates avaient prévu d’utiliser une feuille de cannabis comme logo pour les élections de 2019, afin de marquer leur opposition à la loi dite « loi 52 », sur l’usage de stupéfiants. Mais depuis que cette dernière a été assouplie en avril dernier, les militants se sont lancés dans d’autres batailles.

La dernière en date : le projet de loi visant à amender la loi sur les cartes d’identité nationale. Le ministère de l’Intérieur propose de passer à la carte biométrique. Les pirates s’opposent à la diffusion de telles cartes, « dont on peut craindre que les logiciels de gestion des bases de données soient siphonnés par des administrations », nous dit Amamou.

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