Air Algérie : cinq questions sur le crash du vol AH5017

Un MD-83 de la compagnie Swiftair à Orly le 6 juin 2013. ©

Le DC9 du vol Ouaga-Alger AH5017, affrété par la compagnie Air Algérie, a été retrouvé jeudi après son crash, la nuit précédente, dans la zone de Gossi, au nord du Mali, à une cinquantaine de km du Burkina Faso. Il transportait au moins 116 personnes. Retour sur une journée tragique.

Mis à jour le 25/07 à 8h29.

  • De quel avion s’agit-il ?

L’appareil en question, construit il y a 18 ans, est un McDonnell Douglas MD-83 (DC-9-83) affrété début juillet par Air Algérie auprès de la compagnie espagnole Swiftair, créée en 1986, pour la saison estivale. Il avait été examiné en France par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) "il y a deux ou trois jours", et était "en bon état", selon son directeur général Patrick Gandil.

Selon le site internet du quotidien sportif "Marca", ce même avion nuit aurait été loué au club du Real Madrid entre 2007 et 2008. L’histoire du McDonnell Douglas MD-83 (DC-9-83) ne s’arrêterait pas là. En 2007, alors qu’il était déjà loué par le Real Madrid, l’appareil aurait servi au transport de troupes de l’Union africaine au Soudan, rapportait, le quotidien espagnol AS dans un article paru en septembre 2008.

>> Revivez notre direct sur la disparition du vol d’Air Algérie

Photo à l’appui, AS affirmait à l’époque que des soldats gambiens et sénégalais de la mission de l’UA au Soudan (l’Amis) avaient été transportés dans cet appareil en décembre 2007.

  • Dans quelle zone l’avion a-t-il disparu ?

"Les services de navigation aérienne ont perdu le contact avec un avion d’Air Algérie (…) à 1 heure 55 minutes GMT, soit 50 minutes après le décollage", a annoncé la compagnie, citée par l’agence APS. Le trajet du vol AH 5017 était censé durer quatre heures avec pour destination Alger.

"Le contact avait été perdu avec l’équipage dans l’espace aérien malien", près de la frontière algérienne, a ajouté une source au sein de la compagnie. "L’avion n’était pas loin de la frontière algérienne quand on a demandé à l’équipage de se dérouter à cause d’une mauvaise visibilité et pour éviter un risque de collision avec un autre avion assurant la liaison Alger-Bamako", a-t-elle ajouté.

"Le signal a été perdu après le changement de cap", a-t-elle insisté.

  • Où le crash a-t-il eu lieu ?

L’épave de l’avion d’Air Algérie a été repérée jeudi après-midi par l’armée burkinabè. "Nous venons de retrouver l’avion algérien. L’épave a été localisée (…) à 50 km au nord de la frontière du Burkina Faso", dans la zone malienne de Gossi (environ 100 km au sud-ouest de Gao), a déclaré le général burkinabè Gilbert Diendiéré, chef d’état-major particulier à la présidence. Un information confirmée peu après par un communiqué de la présidence française. "L’appareil a été clairement identifié malgré son état désintégré", précise la présidence française, ajoutant qu’un "détachement militaire français a été envoyé sur place pour sécuriser le site et recueillir de premiers éléments d’information". L’armée française compte environ 1 000 soldats dans le nord du Mali, dans le cadre de l’opération Barkhane.

  • Quelles sont les causes du crash ?

Le ministre des transports burkinabé a indiqué que le pilote de l’appareil avait demandé à modifier sa route en raison d’une tempête. Selon La Chaîne météo, le vol AH 5017 a en effet traversé une zone où de nombreux orages éclataient "avec des rafales de vent puissantes et une activité électrique importante". Pour l’instant aucune hypothèse n’est privilégiée. Une enquête judiciaire a été ouverte en France pour "homicides involontaires". Le directeur de l’agence française de l’aviation civile, M. Gandil, a fait état "d’un tout petit truc sur l’équivalent d’une plaquette de frein [lors du dernier contrôle technique de l’appareil à Marseille, NDLR]. Franchement, je peux vous garantir que ça n’a rien à voir avec ce qu’il s’est passé à 31 000 pieds." Selon lui, le bon état de l’appareil n’exclut cependant pas qu’il y ait eu une panne fortuite. "Mais ce n’est vraiment pas la première hypothèse", a-t-il ajouté.

L’hypothèse de l’erreur humaine est aussi envisagée. Même si le front intertropical qui occasionne de nombreuses et violentes cellules orageuses autour de l’équateur est un phénomène connu, et que les pilotes disposent de radars météo pour les éviter, l’équipage ne faisait la route Ouagadougou-Alger que depuis un mois et n’avait que peu d’expérience de l’Afrique subsaharienne où les orages sont souvent violents, avec des développements nuageux de plus de 15km de hauteur, rendant obligatoire leur contournement.

Enfin, dernière hypothèse : l’attentat, une bombe ayant pu être embarquée à Ouagadougou où, selon des experts français, les contrôles de sécurité à l’aéroport sont parfois moins rigoureux que dans d’autres capitales. L’hypothèse d’un missile tiré par des groupes terroristes semble exclue : aucun "nid" d’importance de jihadistes n’est connu dans la région du crash et les combattants disséminés au nord du Mali ne disposent que de lance-roquettes ne pouvant atteindre un appareil à 10 km d’altitude.

  • Qui était à bord ?

Un communiqué de la compagnie Air Algérie a fait état de 119 passagers dont  7 membres d’équipage. François Hollande a lui mentionné un chiffre de 118 personnes. D’autres sources parlent de 116 passagers. Air Algérie a rendu public une première liste provisoire des passagers du vol. À bord de l’appareil, il y avait 7 Algériens, 51 Français, un Malien, 28 Burkinabè, un Belge, 2 Luxembourgeois, 5 Canadiens, un Camerounais, 4  Allemands, un Nigérian, 8 Libanais, un Égyptien, un Ukrainien, un Suisse. Les sept membres d’équipage sont de nationalité espagnole.

La présence de la nièce de Fidel Castro, Mariela Castro, a été évoquée avant d’être démentie par les autorités cubaines.

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Par Vincent DUHEM

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