Maroc : pourquoi Mohammed VI a limogé ses ministres

Le roi du Maroc pendant la COP 22 à Marrakech, en novembre 2016. © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Le roi du Maroc a limogé mardi trois ministres, un secrétaire d'État et des hauts fonctionnaires. Il se confirme que ce sont bien des problèmes de gouvernance et les retards pris dans le plan de développement d'Al Hoceïma, dans le Rif, qui ont été à l'origine du coup de colère royal. Explication.

Huit pages, en tout et pour tout. Mais elles ont suffit à déclencher une véritable secousse politique au Maroc, mardi 24 octobre. L’annonce est tombée hier soir : le roi a limogé plusieurs ministres qui avaient officié dans l’ancien gouvernement, ainsi que le directeur général d’un office public qui faisait partie du noyau dur du pouvoir.

La colère royale a aussi rattrapé d’anciens ministres, dont on a appris qu’ils seront désormais bannis de toute nomination officielle. Des hauts fonctionnaires ont aussi été épinglés. Tous ont failli dans l’exécution du programme de développement d’Al Hoceïma « Al Hoceïma, manarat Al Moutawassit » (« Al Hoceïma, phare de la Méditerranée », en français) contribuant aux contestations populaires dans cette ville.

Voilà pourquoi :

• Un programme approximatif et incohérent

Le processus de choix des projets à réaliser ne répondait pas à une vision stratégique intégrée et partagée par tous les partenaires, estime la Cour des Comptes. Le programme a été arrêté de manière approximative, et son échéancier retrace uniquement la répartition annuelle des contributions financières des 20 parties-prenantes. « Or, en l’absence d’une ventilation par projet, ces contributions ne pouvaient avoir qu’un caractère estimatif », indique le rapport.

Sur les 644 projets prévus , les réalisations à fin 2016 se limitent à 5 projets achevés

Depuis la signature de la Convention-cadre devant le roi le 17 octobre 2015, le ministère de l’Intérieur – dirigé à l’époque par Mohamed Hassad, qui a été limogé hier de son poste de ministre de l’Éducation – ainsi que la Wilaya de la Région auraient dû s’assurer au préalable que la Convention ne se limite pas à des clauses générales, mais soit appuyée par des documents essentiels, tels que la liste exhaustive des projets à réaliser, le détail de leur contenu, les estimations actualisées des coûts ou encore les prévisions et supports budgétaires.

• Retards d’exécution

La commission de suivi, composée des responsables limogés, ne s’est réunie qu’en février 2017, soit 16 mois après la signature de la convention devant le roi en octobre 2015. De fait, la mise en œuvre a connu un démarrage timide, aussi bien au niveau central que local.

Ainsi, sur les 644 projets prévus au titre du programme « Al Hoceïma, manarat Al Moutawassit », les réalisations à fin 2016 se limitent à 5 projets achevés (146,8 millions de dirhams) et 45 projets en cours (565 millions de dirhams). D’une façon générale, les crédits budgétaires n’ont pas été programmés et le foncier n’a pas été mobilisé à temps.


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• Les ministères n’ont pas assumé leurs responsabilités

Et, alors que les projets auraient dû être conduits et réalisés directement par les ministères concernés, ils ont été confiés à l’Agence de développement du Nord – une instance créée par le roi Hassan II en 1995 – qui est déjà en surcapacité chronique.

Cette dernière s’est vu attribuée un portefeuille de 3 milliards de dirhams (environ 270,4 millions d’euros), soit 46% du budget global du programme. Or, techniquement, elle n’a pas les moyens d’assurer un programme aussi colossal tout en gérant, parallèlement, ses tâches quotidiennes dans d’autres provinces du Nord.

La Cour des comptes a conclu que les ministères concernés ont cherché à se défaire de leurs responsabilités sans justification aucune. Mais cela ne passera plus. Dans ses récents discours, Mohammed VI a monté le ton sur la défaillance de la classe politique et la nécessité d’associer la responsabilité à la reddition des comptes.

Suite à ce limogeage en série, un remaniement ministériel est en vue. Quant au projet de développement d’Al Hoceïma – dont la Cour des comptes note tout de même que le rythme a été accéléré sous le gouvernement actuel -, c’est désormais le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit qui prendra la main, en assurant la présidence de sa commission de suivi.

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