Corruption au Nigeria : l’ancien président Goodluck Jonathan appelé à comparaître comme témoin

Par Jeune Afrique avec AFP

L'ancien président Goodluck Jonathan lors d'une réunion dans un hôtel d''Abuja, la capitale nigériane, en mars 2015. © Ben Curtis/AP/SIPA

Un tribunal d’Abuja a ordonné mardi à Goodluck Jonathan de se présenter comme témoin dans une affaire de corruption évaluée à 2 milliards de dollars.

L’ordonnance a été signée par un juge de la Haute Cour fédérale d’Abuja, où se tient le procès de l’un des pans de l’affaire du « Arms Scam ». En l’occurrence, un scandale de grande envergure portant sur le détournement de 2 milliards de dollars qui auraient servi à financer la campagne électorale de Goodluck Jonathan en 2015.

Parmi les mis en cause figure Olisa Metuh, un ancien conseiller en communication, qui est actuellement inculpé pour avoir reçu 945 000 euros. Une somme détournée, selon l’enquête menée par la Commission des crimes économiques et financiers (EFCC), par le conseiller en sécurité de l’époque, le général Sambo Dasuki.

Sur ordre de la présidence nigériane

Pour l’avocat de Olisa Meuth, son client a agi sur ordres de la présidence nigériane. D’où sa requête lundi devant la Cour pour que l’ancien président Jonathan soit présenté comme témoin à la barre. Le procureur Tahir Silvanus a assuré mardi qu’il se « réjouissait d’entendre (…) l’ancien président à la barre », pour « permettre que justice soit faite ».

Le juge Abang Okon a conclu n’avoir « pas d’autre option que de faire signer une ordonnance, demandant à Goodluck Jonathan de se présenter à la Cour, mercredi 25 octobre 2017 pour apporter des éléments au dossier ». L’avocat de l’inculpé, Onyechi Ikpeazu, avait déjà obtenu la comparution du général Dasuki comme témoin dans cette affaire.

De l’argent dans les poches du PDP ? 

En prison depuis 2015, malgré de nombreuses décisions de justice demandant sa libération sous caution, Sambo Dasuki est accusé d’avoir détourné 2 milliards de dollars destinés à équiper l’armée nigériane, notamment pour lutter contre les jihadistes de Boko Haram. De l’argent finalement distribuée à des membres éminents du Parti démocratique populaire (PDP), l’ancien parti au pouvoir, selon l’enquête de la commission anti-corruption.

L’ancien président Goodluck Jonathan était-il au courant de ce financement occulte ? Dans un entretien avec l’AFP, en janvier 2016, l’avocat de Sambo Dasuji, Ahmed Raji, avait assuré « ne pas pouvoir parler de cette affaire sans parler du président Jonathan ».

Goodluck Jonathan répondra-t-il présent ?

Il a toutefois demandé que la comparution de son client comme témoin dans l’affaire Metuh soit ajournée, affirmant qu’après avoir passé autant de temps en détention, « il n’est pas dans de bonnes conditions pour répondre ». « Et il en va de son droit constitutionnel de garder le silence », a ajouté son avocat.

Du côté de Goodluck Jonathan, la présence ou non de l’ex-président mercredi devant le tribunal dépendra de la réception à temps de sa convocation.

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