Mode : Afrikanista expose les clichés du photographe béninois Roger daSilva

De gauche à droite : les quatre modèles de t-shirts de la collections sont portés par le rappeur Chris Deeway, la danseuse et chanteuse Lydie Alberto, la créatrice de la Nooru Box dédiée aux cultures noires Virgine Ehonian et Dani Bumba, poète, chanteur et auteur-compositeur.. © Nafoore Qâa

Fondatrice de la griffe Afrikanista, Aissé N’Diaye propose une nouvelle collection de t-shirts sérigraphiés à partir de clichés du photographe béninois Roger daSilva décédé en 2008. Une manière de donner une seconde vie au travail de ce photographe installé à Dakar, en collaboration avec l’association sénégalaise Xaritufoto.

Afrikanista x Xaritufoto. C’est le nom de la toute dernière collection d’Afrikanista, une griffe de t-shirts et d’accessoires fondée par Aïssé N’diaye, une Française de 35 ans née de parents Mauritaniens. En partenariat avec l’association sénégalaise Xaritufoto (« Les amis de la photo », en français), elle a reproduit quatre clichés du photographe béninois Roger daSilva, établi au Sénégal jusqu’à son décès en 2008, sur des t-shirts mis en vente en édition limitée – notamment via le site web de sa marque. Prix à l’unité : 40 euros.

Jusqu’ici, la créatrice en a vendu plus d’une vingtaine au cours de nombreux événements comme le Festival Black Movie Summer, en août dernier, à Paris. Elle présentera également sa collection courant novembre, toujours à Paris, dans le cadre de l’édition My Afro’Market, à l’occasion de l’événement Mwamikazi à Bruxelles ou encore, en décembre, à la boutique éphémère toulousaine Noël En Wax.

En 2016, Aïssé N’Diaye fait la connaissance de l’attaché de presse de Xaritufoto, association sénégalaise qui promeut le patrimoine photographique africain à travers la mise en valeur de fonds d’archives photos, dont celles de Roger Da Silva. Séduite par le travail de ce dernier, elle soumet l’idée d’une collaboration avec la structure dans le but de mettre en valeur le travail du photographe mais aussi relancer sa marque, déjà forte de deux collections.

 

Roger daSilva, photographe béninois, avait installé son studio, à Gueule Tapée, à Dakar. © DR / Roger daSilva / Xaritufoto

 

Célébrer l’immigration africaine et la « funky diva »

C’est que, depuis mars 2014, la jeune femme s’attache à proposer des créations à la touche vintage, portée par son attachement à la photographie africaine. Aussi, sa signature doit beaucoup à un imaginaire galvanisé par l’élégance qui se dégage, selon elle, des modèles de photographes émérites comme Malick Sidibé, Mama Casset, Seydou Keita, Ibrahima Sory Sanlé ou encore El Hadj Tidiane Shitou.

Décoratrice d’intérieur de formation, elle entend aussi rendre hommage à ses origines ouest-africaines mais aussi aux générations d’immigrés africains en France. « J’ai lancé Afrikanista après avoir découvert une photo de ma mère, enfant, qui posait avec ma tante dans un studio », se souvient-elle.

 

Cette photo d’une femme sénégalaise est le premier visuel de la collection, « Mariama », en référence à Marianne, qui, aujourd’hui, représente la France multiculturelle. © Nafoore Qâa

 

Cette photo la pousse à « se mettre en quête de son africanité ». Et cela, à travers l’art et la lecture d’essais comme Nations nègres et culture de Cheikh Anta Diop. « Avec Afrikanista, je veux rendre hommage à la culture d’Afrique subsaharienne, questionner l’identité françaises des fils et filles d’immigrés africains mais aussi restituer la place et le rôle des africains dans la société française ».

Ses créations mêlent t-shirts, sweat-shirts, badges, tote bags, épaulettes à agrafer avec pour motifs des portraits vintages de femmes africaines, des hiéroglyphes égyptiens, du wax ou encore des imprimés issus des fameux sacs cabas Tati. Elle a aussi lancé une gamme de t-shirts avec des proverbes africains, en 2015.

Afrikanista est une contraction d’ « Afrika » (le « k » étant une référence à l’Égypte antique) et le terme « fashionista ». C’est que la griffe célèbre aussi la « funky diva », selon Aissé N’Diaye. « La funky diva est une femme audacieuse, indépendante, consciente du monde dans lequel elle évolue, qui sait d’où elle vient et où elle va ». D’où l’attachement aux couleurs et imprimés décalés, pour un style hors des sentiers battus sur les accessoires qu’elle propose.

Roger daSilva, un œil au cœur de Gueule Tapée

En septembre 2016, elle s’envole pour Dakar où elle fait la connaissance de Luc daSilva, fils de Roger et fondateur de Xaritufoto, qui lui fait découvrir les archives de son père. Instantanément, les deux s’entendent sur la reproduction de clichés de Roger daSilva, pour une collection qui verra 10% de ses bénéfices reversés à l’association.

C’est dans son studio de Gueule Tapée, à Dakar, que Roger daSilva a fait poser devant son objectif nombre de modèles anonymes jusqu’en 1969. Né en 1925, à Porto Novo, au Bénin, le photographe mène ses études au lycée Faidherbe de Saint-Louis, au Sénégal, avant d’être mobilisé en 1942 pendant la Deuxième Guerre Mondiale. C’est à cette période qu’il apprend les rudiments du métier de photographe.

Il fait son retour à Dakar en 1947 et monte son propre studio, en 1953, tout en multipliant les activités – il a été comédien et joueur de claquettes. Il suit une formation à l’Institut national de l’audiovisuel (INA) puis, en 1970, rejoint le bureau de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à Brazzaville en tant que responsable du département audiovisuel. Il prend sa retraite en 1986.

 

L'un des nombreux portrait de Roger daSilva, pris dans son studio de Gueule Tapée, à Dakar, entre 1956 et 1969. © DR / Roger daSilva / Xaritufoto

 

Il décède en 2008, à Dakar, année où son fils, Luc daSilva décide de monter l’association. « J’ai voulu préserver notre mémoire et notre patrimoine africains auxquels a pris part mon père », explique le fils. « Il a tout de même photographié des célébrités comme Joséphine Baker, Louis Armstrong ou encore Duke Ellington lorsqu’ils étaient de passage à Dakar, notamment dans le cadre du FESMAN ».

 

Ce t-shirt représente la photo « Kissima » : un tirailleur sénégalais pose avec sa médaille accrochée à son boubou en bazin. « Kissima » signifie « grand-père » en langue soninké. © Nafoore Qâa

 

Encouragée par cette dernière collection symbolique et à l’écho favorable, Aïssé N’Diaye veut désormais développer sa marque. « Afrikanista va prochainement proposer une garde-robe plus fournie avec un travail sur le stylisme beaucoup plus prononcé ». Compte-tenu du propos et du fil narratif des créations de la jeune femme, il y a fort à parier qu’elle en mettra plein la vue.

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