Maroc et « argent du haschisch » : « Indignation » générale face aux déclarations incendiaires du ministre algérien

Le ministre algérien chargé du Maghreb et de l'Union africaine lors d'une conférence de presse à Rome le 8 avril 2015. © Alessandra Tarantino/AP/SIPA

Les banques marocaines et la Royal Air Maroc (RAM) sont montées au créneau. Mais pour le moment, Alger ne s'est pas expliquée sur les propos de son ministre.

Les Marocains n’ont pas fini de s’indigner suite aux déclarations hostiles du ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelakder Messahel, accusant les banques marocaines de « blanchir de l’argent du haschisch » en Afrique.

Après la décision de Rabat de rappeler son ambassadeur à Alger pour consultation, ce sont les banques marocaines qui sont montées au créneau, samedi 21 octobre : « Ces déclarations témoignent de l’ignorance totale et flagrante des règles de gouvernance et d’éthique qui régissent les activités des banques marocaines dans le monde et sur le continent africain », s’est insurgé le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM).

Dans un communiqué, le groupement affirme qu’il se réserve « tous les droits de recours contre le responsable algérien », sans en dire plus.

 

 

S’estimant aussi diffamée, la Royal Air Maroc (RAM) – accusée de transporter « autre chose » que les passagers – a répliqué le même jour fustigeant « l’ignorance totale » du ministre algérien au sujet du secteur aérien. « Peut-on imaginer un seul instant que l’Organisation de l’aviation civile internationale accepte que l’un de ses membres, en l’occurrence le Maroc, permette à sa compagnie aérienne de transporter des matières illicites ? », s’est-elle indigné dans un communiqué. Sans dévoiler la nature exacte des représailles qu’elle envisage, elle dit vouloir faire « respecter son honneur » en usant de « toutes les voies de droit qui lui sont offertes ».

 

 

Propos irresponsables, infondés, insultes à l’intelligence même des patrons algériens… La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) est allée, elle aussi, au front. De même pour le corps diplomatique africain à Rabat, dont le doyen, l’ambassadeur centrafricain Nimaga Ismaila, a pris ses distances avec des propos qualifiés d’« incompréhensibles », « osés » et qui ne font « qu’envenimer la situation ».


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Et la presse aussi…

Lundi 23 octobre, la presse marocaine a critiqué la sortie de Abdelakder Messahel, une partie dans des termes assez violents, tandis que quelques titres algériens n’ont pas hésité à épingler le ministre. « Abdelkader Messahel a défendu l’Algérie en insultant les autres », relève le quotidien El Watan. Dans son éditorial, le journal algérien dénonce « les éructations d’un régime qui se pense le meilleur en tout », accusant le ministre d’impliquer l’Algérie « dans une inutile sur-crise avec le Maroc ». « Le ministre des Affaires étrangères n’ignore pas que les temps sont mûrs pour les va-t-en-guerre des deux côtés », a de son côté mis en garde Le Matin d’Algérie.

Face à à ces condamnations en boucle, la diplomatie algérienne n’a pas réagi officiellement, ni aux propos de Abdelkader Messahel, ni au rappel par le Maroc de son ambassadeur à Alger. Probablement pour éviter d’envenimer la situation.

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