L’argent des Africains : Ndonita Zola, médecin au Tchad – 798 euros par mois

Ndonita Zola est médecin dans un hôpital spécialisé dans la malnutrition infantile. © DR

Ndomita Zola a 29 ans. Il est médecin dans un hôpital spécialisé dans la malnutrition infantile à N’Djamena. Pour ce nouveau numéro de notre série l’argent des Africains, il a accepté de nous parler de lui et de ses dépenses.

Avec ses journées à rallonge et son lot de souffrances quotidiennes, le travail de Ndonita Zola prend parfois des allures de sacerdoce. Mais le jeune homme de 29 ans ne regrette pour rien au monde son quotidien de docteur à N’Djamena. « En classe de CE1, la maîtresse nous avait demandé ce que nous voulions faire dans la vie, se rappelle-t-il. J’ai immédiatement répondu ‘médecin’ ! »

Un souvenir douloureux

Dévoué à ses malades, Ndonita dénonce le manque de moyens dans les hôpitaux du pays, notamment les pénuries récurrentes de médicaments. « La bonne volonté des médecins ne suffit pas pour sauver des vies », affirme-t-il.

Exemple tragique parmi d’autres : le souvenir de ce nourrisson de quelques mois, arrivé récemment dans son hôpital avec une tuberculose pulmonaire. La maladie n’est pas bénigne, mais peut se soigner facilement à l’aide d’antibiotiques. À ceci près que l’hôpital de Ndonita se trouve alors en pénurie de stocks. L’enfant est transféré en urgence dans un autre établissement. Las, celui-ci ne dispose pas non plus des médicaments adéquats. « On l’a rapatrié, mais il est mort quelques instants plus tard », déplore, la voix nouée, Ndonita.

Après une décennie d’études à la faculté de N’Djamena ponctuée de coupures d’électricité et de grèves, Ndonita a soutenu son doctorat en novembre 2016. « On a tout de même dû attendre un an pour que l’État trouve les moyens de financer notre soutenance », précise-t-il. Depuis, il officie à la fois dans une clinique dermatologique et dans un hôpital spécialisé dans la malnutrition infantile.

Ses patients, âgés de 6 à 59 mois, présentent parfois de graves troubles digestifs ou respiratoires. « On essaie de sensibiliser les mères sur les bienfaits du lait maternel, explique-t-il. Mais ce n’est pas toujours évident. » Autre problème : la faible capacité d’accueil de l’hôpital, avec ses 80 lits. « Lors de la saison des pluies, le nombre de malades explose. Une fois, nous avons dû en accueillir 195… »

Femme de ménage : 45 euros

Son travail à l’hôpital lui rapporte chaque mois 424 000 francs CFA (soit 646 euros), auxquels s’ajoutent un peu plus de 100 000 francs CFA (152 euros) liés à ses consultations dans la clinique dermatologique. Des revenus très confortables dans l’un des pays les plus pauvres du monde, où plus de 60% de la population vit avec moins de 1,25 dollar par jour. Ndonita peut ainsi s’offrir les services d’une femme de ménage, payée 45 euros chaque mois, pour s’occuper de sa maison, qu’il loue 61 euros. « Comme j’ai les moyens, les amis ou la famille me demandent régulièrement un petit coup de pouce financier, note-t-il. C’est assez variable, mais cela peut s’élever à plusieurs dizaines de milliers de francs CFA. »

Parmi les autres dépenses importantes, Ndonita dépense 152 euros pour l’alimentation, 30 pour l’électricité et 53 euros « pour les besoins de Madame – ses crèmes et ses habits ». Depuis la mort de son père, Ndonita verse également chaque mois 53 euros à ses frères et sœurs cadets, qui sont encore étudiants.

Tontine : 228 euros

Malgré son emploi du temps chronophage, Ndonita essaie de s’accorder quelques petits plaisirs. « Mon père était un grand lecteur, explique-t-il. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il m’a donné le nom d’un auteur français (celui d’Emile Zola, ndlr). Il m’a transmis sa passion. » Pour se défouler, il ne manque pas non plus de jouer au football chaque dimanche avec ses amis et de regarder les matchs à la télévision – « ma grande passion ! ».

Le jeune docteur n’oublie cependant pas de penser à l’avenir. Il envisage ainsi de se spécialiser en diabétologie d’ici quelques années et de travailler pour une association humanitaire française. « J’ai déjà candidaté, affirme-t-il. S’ils acceptent, je devrai travailler dans le Sud du pays, dans la région de Mandoul. ». Avec cinq camarades de promotion, il verse également 228 euros chaque mois dans une tontine. « Grâce à cet argent, je vais bientôt pouvoir offrir une moto à ma femme », se réjouit-il. Mais son grand projet est ailleurs : il souhaite bientôt pouvoir payer la dote à la famille de sa compagne, avec qui il vit pour l’instant en concubinage, et ainsi, dit-il, « légitimer notre relation ».

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