Togo : affrontements meurtriers entre manifestants et forces de l’ordre à Lomé

Les forces de l'ordre ont notamment fait usage de lacrymogènes pour disperser les manifestants de l'opposition, ce 18 octobre 2017 à Lomé. © DR

Des manifestants de l'opposition ont tenté mercredi matin de se rassembler aux points de départs d’une marche interdite par les autorités. Le face à face avec les forces de l’ordre a rapidement tourné à l’affrontement à plusieurs endroits de la capitale. Plusieurs personnes ont été blessées et au moins deux manifestants ont été tués.

Comme il fallait s’y attendre, ce mercredi 18 octobre vient s’ajouter aux nombreux jours de tensions politiques que connaît le Togo depuis deux mois. Chaussées endommagées, pneus brûlés, voitures et motos détruites , édifices vandalisés… Depuis les premières heures de la matinée, Lomé ressemble à un champ de bataille, dans plusieurs quartiers.

A 18h, heure de Lomé, alors que la nuit tombait sur la ville, la tension semblait encore palpable dans nombre de quartiers, après une journée d’affrontements violents. Selon un bilan délivré par l’opposition – qui a annoncé maintenir son appel à manifester de nouveau ce jeudi 19 octobre -, les affrontements ont fait deux morts et 20 blessés chez les manifestants, et 39 personnes auraient été arrêtées.

Les militants de l’opposition, suivant les recommandations de leurs leaders, ont tenté de se rassembler tôt ce mercredi matin aux deux points de départ de la marche qui devait avoir pour point de chute le siège de l’Assemblée nationale situé dans le quartier administratif de Lomé.

Affrontements dès les premières heures de la matinée

Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont débuté dès 8 heures à plusieurs endroits de la capitale. A Bè, Agoè, Attikoumé et dans certains quartiers situés en périphérie de Lomé, des manifestants ont érigé des barricades, brûlé des pneus pour tenter de briser le blocus imposé par les forces de l’ordre. Le face-à-face a été immédiatement très tendu à de nombreux carrefours stratégiques de Lomé. En début d’après-midi, les affrontements se sont propagés à plusieurs autres quartiers de la capitale, notamment Baguida et Kodjoviakopé.

 

Manifestation de l'opposition à Lomé, le mercredi 18 octobre 2017. © DR

 

Dans certains quartiers réputés acquis au pouvoir, des jeunes armées de bâtons se sont positionnés tôt ce matin pour empêcher les mouvements de l’opposition, laissant présager d’affrontements avec les militants de l’opposition. De nombreux témoins affirment avoir croisé à différents endroits de la ville des hommes en tenue civile, armés de bâtons.

Par ailleurs, des élèves d’écoles proche des lieux des affrontements ont été délogés par des manifestants de l’opposition dans la matinée.

 

Dans l’après-midi, le domicile du chef de file de l’opposition, Jean-Pierre Fabre, président de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), principal parti d’opposition togolais, a été la cible de tirs de gaz lacrymogènes par les forces de l’ordre, selon des responsables de l’ANC.

Certains quartiers de la capitale semblaient épargnés par ces violences, mais la circulation sur les principaux axes, comme le boulevard du 13 janvier, a été fortement ralentie. L’affluence dans les marchés et autres centres commerciaux également. A noter qu’aucune perturbation des réseaux internet n’a été signalée dans le pays, au contraire de ce qui avait été observé lors de précédentes journées de mobilisation de l’opposition.


>>> A LIRE : Togo : flambée de violence dans plusieurs villes après l’arrestation d’un imam proche de Tikpi Atchadam


Dans les rues de Lomé, ce mercredi 18 octobre, forces de l'ordre et partisans de l'opposition se sont affrontés toute la journée. © DR

Marches interdites

Les autorités avaient rappelé à plusieurs reprises ces derniers jours l’interdiction de marcher les jours ouvrables suite aux violences qui ont émaillé les manifestations des mercredi 4 et jeudi 5 octobre à Lomé. « L’opposition peut tenir des meetings… Mais pour les marches, qui souvent sont émaillées d’incidents où on fait sortir les élèves, s’attaque à ceux qui ne marchent pas, le gouvernement a la responsabilité de la sécurité et des marcheurs et des non-marcheurs », avait indiqué mardi le ministre de la Sécurité, Yark Damehane.

Il estime que l’opposition veut « défier l’autorité de l’État » en passant outre les mesures annoncées la semaine dernière. Si la marche est interdite, les autorités rappellent avoir demandé aux leaders de le coalition d’organiser – s’ils le souhaitent – un meeting à la plage de Lomé afin d’éviter les incidents dans la ville.

Dans un communiqué rendu public le jeudi 12 octobre, la Coalition des 14 partis avait dénoncé « le caractère illégal » de l’interdiction par le pouvoir des marches de protestation. « Quand l’Etat se met lui-même à violer les lois, les citoyens ont le devoir sacré de résister », pouvait-on lire dans le communiqué.

Une partie de l’opposition n’a pas souhaité se joindre aux manifestations. C’est le cas de Gerry Taama, président du Nouvel engagement togolais (NET) qui, pour la première fois depuis le début de la crise, n’a pas rejoins les marcheurs. « Il y a une irresponsabilité partagée. La présence des militaires et de miliciens qui se pavanent est inadmissible. Par contre, après les événements de lundi à Sokodé, il fallait surseoir à cette marche, pour préserver la paix », estimait l’opposant en début de journée, ce mercredi.

La Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie a également appelé au calme, demandant aux différentes parties « d’encourager toute action de nature à contribuer à la résolution de cette crise ».

 

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici