Sharing Cities : comment le groupe Bel mise sur les vendeurs de rue

La marque emblématique du groupe Bel s'est imposée sur le continent. © jfgornet via Visualhunt / CC BY-SA

Le fabricant de l'emblématique Vache qui rit a développé un programme dédié aux vendeurs du secteur informel, leur proposant couverture santé et formation professionnelle en échange d'un certain niveau de vente. Une initiative économique autant que sociale, qui vient de recevoir le soutien de la Société financière internationale.

Le 4 octobre, le groupe Bel, connu notamment pour sa célèbre Vache qui rit, a conclu un accord de partenariat avec la Société financière internationale (IFC), institution membre du Groupe Banque mondiale, dans le cadre de son programme d’inclusive business Sharing Cities.

Ce dernier, lancé en 2013, consiste à proposer aux vendeurs de rue d’ajouter les produits Bel à leur offre et de bénéficier d’un accompagnement dans la gestion de leur activité. En fonction de leur niveau de vente, certains se voient également proposer une couverture santé, un accès au système bancaire ou encore des formations professionnelles.

« Pour toucher les classes moyennes d’Afrique et d’Asie, qui représentent un important réservoir de croissance pour nous, nous avons analysé les pratiques d’achat locales, qui font la part belle à l’informel. Dans les écoles publiques d’Abidjan, par exemple, il n’y a pas de cantine, mais des vendeuses de rue sont là pour proposer différents produits aux enfants », Caroline Sorlin, directrice de l’incubateur Bel Explorer, qui porte cette initiative.

Un chiffre d’affaires en hausse de 40% pour les détaillants

« Parallèlement, et suivant la volonté de notre PDG, Antoine Fievet, qui souhaite lier impact économique et impact social, nous avons longuement interrogé des vendeurs de rue et constaté qu’ils n’ont pas accès aux services sociaux de base et n’ont souvent pas le minimum de formation nécessaire pour gérer leur micro-activité de façon performante. Nous leur avons donc proposé ce programme Sharing Cities, qui est gagnant-gagnant : eux bénéficient d’avantages, comme une couverture sociale et de la formation, et nous réalisons des ventes additionnelles », poursuit la responsable.

À Kinshasa, où ce programme est en cours de développement et concerne déjà 1 500 vendeurs, 20% des ventes sont désormais réalisées par ce canal, le tout « sans perturber le négoce qu’on réalise déjà dans les échoppes », assure Caroline Sorlin.

Côté vendeurs, les premiers chiffres sont tout aussi prometteurs : « Grâce à nos conseils en matière de diversification de leur panier et de fixation de leurs prix, ils enregistrent un chiffre d’affaires en hausse de 40% en moyenne sur l’ensemble de leur activité, pas seulement sur leurs ventes de Vache qui rit », annonce Alexandra Berreby, qui pilote le programme Sharing Cities. Outre Kinshasa, Sharing Cities est présent au Vietnam, et, à un stade expérimental, à Antananarivo (1 000 vendeurs), à Dakar (600 vendeurs) et à Abidjan (150 vendeurs).

Objectif : 200 000 personnes impactées en trois ans

1 500 de ces vendeurs bénéficient aujourd’hui d’une couverture santé dans le cadre du programme, et c’est le développement de ce service qui fait l’objet du partenariat avec l’IFC.

« L’institution nous permet de bénéficier d’un appui technique dans le domaine de la santé, qui est assez éloigné du groupe Bel.  Nous avions commencé nos actions dans ce domaine avant leur appui, mais leur expertise technique va nous permettre de mieux négocier nos contrats avec les assureurs et de prioriser les enjeux en fonction des problématiques locales », explique Alexandra Berreby.

À la clé également, la multiplication des initiatives : « En interne, nous nous étions fixé pour objectif de toucher 80 000 vendeurs de rue, dans 30 villes, d’ici 2025. L’IFC nous pousse à en faire toujours plus en nous proposant une subvention de 240 000 dollars si nous touchons 200 000 en trois ans. Ce chiffre ne concerne pas seulement les vendeurs eux-mêmes, mais aussi leurs familles et communautés, à qui nous pouvons faire profiter d’une couverture maladie et d’actions de prévention », poursuit-elle.

En 2016, Bel, qui compte trois sites de production en Afrique : au Maroc, en Algérie, ainsi qu’en Côte d’Ivoire a réalisé un chiffre d’affaires de 809 millions d’euros sur la zone Moyen-Orient et Grande Afrique.