Burkina Faso : Djibrill Bassolé placé en résidence surveillée, ses proches dénoncent un « enlèvement »

Par - à Ouagadougou

Djibrill Bassolé, l’ancien ministre burkinabè des Affaires étrangères (ici en 2015). © Camille Millerand pour JA

Après moult tractations dans la nuit de mercredi 11 au jeudi 12 octobre au tribunal militaire, Djibrill Bassolé a été placé en résidence surveillée. Ses proches dénoncent « l'enlèvement » de celui qui est poursuivi pour « trahison et collusion avec une puissance étrangère » dans l'enquête sur le coup d'État manqué de septembre 2015.

Le général Djibrill Bassolé a donc passé sa première nuit hors de la prison de la Maison d’arrêt et de correction des armées. Mais pas chez lui, au grand dam de ses proches, amis et partisans. Poursuivi pour « trahison » dans l’enquête judiciaire sur le putsch raté de septembre 2015, l’ancien ministre des Affaires étrangères de Blaise Compaoré avait obtenu mardi une liberté provisoire.

Mais le procureur militaire a requis des aménagements pour cette liberté provisoire et a préconisé de le placer en résidence surveillée. Une décision actée par le président de la chambre de contrôle de l’instruction du tribunal militaire, qui a enjoint à l’autorité militaire d’affecter le personnel nécessaire à sa sécurité.

Les déplacements de l’inculpé restent toutefois soumis à l’autorisation du président de la chambre. Dans un communiqué, ce dernier explique que la décision vise à faciliter l’accès de l’inculpé – Djibrill Bassolé – à des soins adéquats, conformément aux certificats médicaux joints à sa requête. Djibrill Bassolé a en effet de sérieux ennuis de santé : atteint de maladie coronarienne nécessitant des soins spécifiques, il avait écrit au président français Emmanuel Macron, le 14 juillet dernier, pour lui demander d’intercéder en sa faveur auprès du président Roch Marc Christian Kaboré.

Bassolé refuse l’assignation à résidence

L’assignation en résidence surveillée a été rejetée par le général Bassolé et ses avocats, Djibrill Bassolé refusant d’être conduit dans un autre lieu que son propre domicile. La défense de l’ancien ministre des Affaires étrangères de Compaoré fonde son refus sur les dispositions de l’article 100 du code de justice militaire Burkinabè. Celui –ci stipule que « dans tous les cas où un inculpé de nationalité étrangère est laissé en liberté ou mis en liberté provisoire, la juridiction compétente peut lui assigner pour résidence un lieu dont il ne devra s’éloigner sans autorisation, avant non-lieu ou décision définitive sous peine de sanction prévues en matière d’interdiction de séjour ».

Pour les proches du général, cette décision suscite colère et incompréhension. « Ça n’existe nulle part dans l’arsenal juridique burkinabè, même le ministre de la Justice l’avait reconnu », commente ainsi Me Paul Kéré, avocat des putschistes, dont le général Diendéré.

On se sait pas où exactement. On a aucune nouvelle de lui

L’inquiétude des proches de Bassolé a été d’autant plus forte, ce jeudi matin, qu’ils ont mis du temps à savoir exactement où Djibrill Bassolé avait été placé en résidence surveillée. Ce n’est qu’un peu après midi, heure de Ouagadougou, qu’ils ont fini par apprendre le lieu exact de la résidence dans laquelle il a été mis sous surveillance.

« Mon père a refusé l’assignation à résidence, et ils sont restés dans les tractations tard après minuit mercredi. C’est seulement après que nous avons appris qu’il (Djibrill Bassolé) a été amené dans une résidence à Ouaga 2000. Mais on se sait pas où exactement. On a aucune nouvelle de lui, et la famille est dans l’angoisse totale depuis 48 heures », déclarait à Jeune Afrique, dans les premières heures de la matinée, l’un des enfants du général de gendarmerie, qui dénonce un « enlèvement ».

Sans nouvelle de lui, ses proches ont accentué la pression devant le tribunal militaire, alors que mercredi la société civile, hostile à cette décision, exigeait le retour de Bassolé en prison. « On est déçu, on s’était preparé pour l’accueillir à la maison. Jusqu’à l’heure où je vous parle, on ignore où il est », affirmait un proche du général Bassolé en fin de matinée.

« On nous a fait attendre hier (mercredi) de 18 h à 22h30 à la justice militaire. Puis, une escorte de gendarmerie l’a conduit vers une destination que nous ignorons », ajoute cette source.


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Le 29 Septembre 2015, Djibrill Bassolé avait été mis aux arrêts puis incarcéré à la Maison d’arrêts et de correction des armées, là où sont détenus les 107 inculpés dans l’enquête judiciaire sur le putsch raté.

En juillet dernier, le juge d’instruction avait abandonné plusieurs charges contre lui, ne retenant que la « trahison » et la « collusion avec une puissance étrangères », une charge visant la Côte d’Ivoire, notamment. L’une des pièces essentielles de l’accusation à son encontre : des enregistrements d’écoutes téléphoniques de conversations – supposées – entre Djibril Bassolé et Guillaume Soro, le président de l’Assemblée nationale ivoirienne.