Sénégal : la situation des écoles Yavuz Selim dans l’impasse

Une salle de classe vide. © Alain Levine / Flickr / Creative Commons

Après avoir renoncé à transférer les écoles du groupe Yavuz Selim à la fondation turque Maarif, l’État sénégalais a annoncé son intention de les administrer directement. Les représentants du groupe lui ont opposé une fin de non-recevoir.

« Nous allons assigner l’État en justice », annonce Madiambal Diagne. Le président du conseil d’administration des écoles Yavuz Selim – et directeur du journal Le Quotidien – ne décolère pas après la réunion organisée lundi soir avec les représentants du gouvernement. En cause : l’annonce par un membre du ministère de l’Intérieur de l’intention de l’État d’administrer directement le groupe scolaire. « Qu’ils le fassent, ils auront des classes vides, prédit Madiambal Diagne. Les parents d’élèves n’ont pas confiance dans l’État. »

L’affaire, qui prend des airs de véritable feuilleton, a pris un tour décisif le 2 octobre dernier, lors du blocage de l’entrée des établissements par les forces de l’ordre. Quelque 3 000 élèves ont alors dû rebrousser chemin, sous prétexte de l’application d’un arrêté du ministère de l’Intérieur du 11 septembre, qui imposait « la fermeture des écoles portant l’appellation Yavuz Selim ».


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Réputés pour leurs bons résultats, ces établissements sont depuis la fin de l’année 2016 dans le collimateur du gouvernement sénégalais. En cause : leur affiliation avec la confrérie du prédicateur turc Fethullah Gülen, désormais honnie par le président Recep Erdogan, qui l’accuse d’avoir partie liée avec la tentative du coup d’État de juin 2016.

Les bonnes relations avec Ankara incitent le gouvernement sénégalais à transférer la gouvernance des écoles Yavuz Selim à la fondation turque Maarif – spécialement créée par une loi en juin 2016 pour reprendre le contrôle des établissements de la galaxie Gülen. Une rencontre a d’ailleurs eu lieu le 24 novembre 2016 entre le président Macky Sall et des membres de la fondation.

L’État « a voulu sauver la face »

Branle-bas de combat du côté du groupe scolaire, qui décide de croiser le fer avec l’État devant les tribunaux. Attendue hier, la décision des juges a finalement été devancée par la décision des avocats de l’État de se retirer de la procédure. « C’était vraiment inattendue, confie à Jeune Afrique Me Moussa Sarr, l’avocat de Yavuz Selim. Mais l’État savait que la procédure était mal fondée d’un point de vue juridique, et que le tribunal allait nous donner raison. » Madiambal Diagne abonde : « Ils ont voulu sauver la face ».

Quelques heures plus tard, la réunion avec le gouvernement vire au fiasco, après l’annonce de la volonté de l’État d’administrer directement Yavuz Selim. Les représentants du groupe étaient pourtant confiants, après avoir procédé à un énième changement capitalistique.

« Nous avons incité les Français, détenteurs à 61% du capital du groupe, à vendre leurs parts à des Sénégalais, explique Madiambal Diagne. De manière à ce que le groupe soit détenu à 100 % par des nationaux, comme l’avait souhaité le gouvernement. Mais ils n’en ont pas voulu. » Écœurés, les représentants des écoles  Yavuz Selim claquent la porte de la réunion.  

Sur l’autel de la diplomatie économique

Contacté par Jeune Afrique depuis le 2 octobre, le ministre de l’Éducation nationale, Serigne Mbaye Thiam n’a jamais retourné nos appels. Le directeur de communication du ministère, Mohamed Moustapha Diagne, a pour sa part assuré « qu’il s’agissait d’une décision du chef de l’État, élu pour protéger les intérêts de notre diplomatie ». En l’occurrence, les multiples contrats passés ces dernières années entre le Sénégal et la Turquie, notamment celui de la construction de l’aéroport international Blaise-Diagne ou encore du futur marché international de Diamniadio.

En attendant une éventuelle sortie de crise, les 517 employés du groupe risquent le chômage technique. Quant aux 3 000 élèves des écoles Yavuz Selim du Sénégal, ils vont encore devoir patienter avant de retrouver le chemin de l’école.