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Nigeria : la compagnie pétrolière nationale à nouveau touchée par un scandale

Par Jeune Afrique avec AFP

Emmanuel Ibe Kachikwu reste secrétaire d’État nigérian pour les Ressources pétrolières. © Ronald Zak/AP/SIPA

Après avoir promis de mener la guerre contre la corruption, le président nigérian Muhammadu Buhari se retrouve pris dans la tourmente. Une lettre du secrétaire d'Etat au Pétrole qui dénonce des malversations au sein de la compagnie nationale a en effet fuité.

Dans une lettre adressée personnellement au président nigérian Muhammadu Buhari et dévoilée dans la presse, Emmanuel Ibe Kachikwu dresse une liste de cinq contrats d’une valeur de 25 milliards de dollars.

Ces contrats ont été « signés sans aucune connaissance ni approbation du conseil d’administration » de la NNPC (Nigerian National Petroleum Corporation), la compagnie nationale nigériane. « Et il y en a beaucoup d’autres,  votre Excellence», poursuit le secrétaire d’État au Pétrole.

Lui-même occupait le poste de directeur de la société d’État en plus de son poste au gouvernement, avant d’être évincé en 2016 par le président Buhari qui y a placé l’un de ses proches, Maikanti Kacalla Baru.

Selon Emmanuel Ibe Kachikwu, ce nouveau directeur a réinstauré un « climat de peur », une « non-transparence » et le tribalisme au sein de la NNPC.

Caisse noire

La compagnie pétrolière nationale est historiquement réputée pour être la caisse noire de tous les gouvernements démocratiques ou militaires qui se sont succédé à la tête du premier producteur de pétrole d’Afrique.

En 2014, le gouverneur de la Banque Centrale, Lamido Sanusi, avait mis au jour l’un des plus gros scandales de corruption du pays, dénonçant la disparition de 18 milliards de dollars des caisses de l’Etat, entre 2012 et 2013.

Le président Muhammadu Buhari avait assuré vouloir mettre fin au « cancer de la corruption » et s’était d’ailleurs arrogé le poste de Ministre du Pétrole en plus de son rôle de chef de l’Etat, pour surveiller ce secteur lucratif.

Quasiment toutes les semaines, des comptes sont gelés, des immeubles soupçonnés avoir été mal acquis sont saisis. Mais ses détracteurs l’accusent de ne viser que des membres du parti adverse en menant « une chasse aux sorcières ».

Ce nouveau scandale leur donne un argument de poids. Le secrétaire d’Etat au Pétrole dit avoir tenté en vain de rencontrer à plusieurs reprises le président, avant de lui envoyer cette missive.

Pourtant, la lettre explosive de Emmanuel Ibe Kachikwu, datée de la fin août, n’a donné lieu à aucune réaction apparante du président nigérian. Le pays n’a eu connaissance des problèmes au sein de la compagnie qu’après sa fuite dans un journal local cette semaine.

« Silence pesant »

Directement visé par les accusations, le directeur de la NNPC, Maikanti Kacalla Baru, continue d’assumer ses fonctions.

Maikanti Kacalla Baru, 58 ans, fait partie de la vieille garde musulmane du Nord, tout comme le président Buhari. Ses postes successifs au sein de la NNPC lui ont permis de développer un réseau politique très puissant.

Tout le contraire d’Ibe Kachikwu, originaire du Sud et du secteur privé. Diplômé d’Harvard, il était le numéro 2 d’ExxonMobil pour l’Afrique.

Ses efforts pour assainir le secteur avaient été salués à l’époque par les financiers et investisseurs. Mais depuis la nomination de Maikanti Kacalla Bahu, un ancien du système, à la tête du NNPC en 2016 tout est bloqué.

Le 5 octobre, le Parti Démocratique Populaire (PDP), d’opposition, a demandé la suspension immédiate de Maikanti Kacalla Baru, et dénoncé le « silence pesant » du président Buhari.