Grand invité de l’Économie RFI/Jeune Afrique – John Kanyoni : « Il faut diversifier l’économie de la RDC »

Capture d'écran, Grand invité de l'économie © RFI/Jeune Afrique

Vice-président de la Chambre des mines, minier lui-même, John Kanyoni est une figure du secteur extractif dans le Kivu, cette région située à l’extrême est de la RDC. Une zone isolée, oubliée du gouvernement central malgré ses immenses ressources et soumise aux attaques régulières de groupes armés. Une réalité que John Kanyoni exprime à sa manière : « La RDC ne s’arrête pas à Kinshasa. » Il était l’invité de l’économie RFI-Jeune Afrique.

• Les infrastructures

« L’État n’a presque rien investi dans les infrastructures dans ma région, le Nord-Kivu. À Goma, nous avons mis en place des mécanismes avec le secteur privé pour voir comment construire des routes, réhabiliter de vieilles infrastructures. C’est un partenariat mis en place localement entre les privés et le gouvernement de la province. La situation est pire dans le Sud-Kivu. »

 

• Le financement des groupes armés

« Il est vrai que les mines ont aidé à financer indirectement ces groupes. Mais la situation a beaucoup évolué. Un guide de l’OCDE a été adopté, qui demande à tous les intervenants de la chaîne d’approvisionnement de s’assurer que la production minière n’a pas de lien direct avec les conflits. »

 

• Les ONG

« Les ONG ont développé la problématique des minerais du sang et poussé au boycott de fait que nous avons connu en 2010. Elles ont eu un rôle néfaste : les acheteurs se sont désengagés, des milliers d’emplois ont disparu, les recettes publiques ont chuté. Certaines ONG reconnaissent d’ailleurs aujourd’hui que la méthode n’était pas bonne. Les conflits [en RDC] sont récurrents, anciens, et liés à des problématiques ethniques, pas aux minerais. Les ONG doivent changer leur approche : il faut accompagner, assainir ensemble et non boycotter. »

 

• Économies modèles

« Les économies africaines qui croissent de manière soutenue et régulière, comme l’Éthiopie, le Rwanda ou la Côte d’Ivoire, ne sont pas dépendantes du secteur extractif. Les leçons venues de ces pays sont les suivantes : il faut investir dans les infrastructures, dans l’énergie, mettre beaucoup de moyens dans l’éducation, développer fortement  l’agriculture, le tourisme, les services. Regardez l’exemple de Maurice ! L’objectif est d’avoir une croissance réelle, qui rime avec développement. »