Côte d’Ivoire : quatrième semaine de grève à la Société des ciments d’Abidjan

Les grévistes se rendent chaque matin sur le site de l'usine. © Sypesca

La moitié des employés de la Société des ciments d'Abidjan est en grève depuis le 12 septembre. Le Syndicat à l'origine du mouvement dénonce notamment un partage des charges salariales au profit des employés expatriés et au détriment des travailleurs locaux.

Depuis la mi-septembre et le début d’une grève du personnel, la Société des ciments d’Abidjan tourne au ralenti. « Le 12 septembre, nous avons lancé un débrayage d’avertissement de soixante-douze heures. Comme la direction ne réagissait pas, nous l’avons transformé en grève illimitée le 15 septembre », explique Kouacou Marc Adje, le secrétaire général du Syndicat du personnel de la Société des ciments d’Abidjan (Sypesca).

Parmi les principales causes de la grogne des salariés, la répartition de la valeur ajoutée réalisée dans l’entreprise : « Nous créons 14 milliards de valeur ajoutée chaque année. Sur ces 14 milliards, seulement 2 servent à régler les charges du personnel, et la moitié de cette somme est accaparée par la rémunération des 5 expatriés de la société. Nous sommes 252, 150 permanents et une centaine de travailleurs temporaires à devoir nous partager le reste », poursuit le représentant du personnel.

Inacceptable aussi, pour Kouacou Marc Adje, le montant des dividendes versés aux actionnaires « qui sont passées depuis 2014 de 3 milliards à 6 milliards de F CFA ».

Travailleurs précaires

Depuis le début de la grève, lui et ses collègues engagés dans le mouvement se présentent chaque matin dans l’enceinte de l’entreprise, aux heures normales d’ouverture. Si certains des 83 grévistes de la première heure ont fini par reprendre le travail, plus de la moitié des effectifs permanents tient bon et affiche sa détermination « à aller jusqu’au bout », selon les mots de Kouacou Marc Adje.

« Au départ, nous avions 12 points de revendication. Nous avons renoncé à 8 d’entre eux pour nous concentrer sur la classification et le déroulement de carrière, la rémunération, les avantages sociaux et les conditions de travail de la main d’œuvre occasionnelle. Mais nous ne lâcherons plus rien », assure ce dernier.

Selon lui, une cinquantaine de ces travailleurs en situation précaire participent au mouvement, mais n’entrent pas sur le site lors des rassemblements. « Eux mettent en jeu leur gagne-pain en se joignant à la grève, c’est dire leur niveau de désespoir », précise le syndicaliste en évoquant les cas de personnes employées de trois mois en trois mois depuis une dizaine d’années. Le représentant du personnel évoque aussi un paiement à l’heure plutôt qu’à la tonne, « ce qui fait qu’ils ne gagnent que 15 000 francs par semaine chez nous, alors qu’ailleurs le paiement à la tâche permet de gagner jusqu’à 50 000 francs », et les équipements de travail individuels « qui font l’objet d’une ponction sur leurs revenus ».

Tentative de conciliation

Le 19 septembre, une tentative de conciliation devant la Direction générale du travail, au Plateau, a échoué. « Normalement, c’est maintenant au ministère de l’Emploi de prendre en charge notre dossier, mais nous n’avons reçu aucune nouvelle officielle », indique Kouacou Marc Adje.

La Société des ciments d’Abidjan, dans laquelle le français Vicat détient 17,4% des parts, est le leader de la production de ciment en Côte d’Ivoire. Créée en 1965 par le Français Pierre Amida, qui en est toujours le PDG, elle a produit 977 216 tonnes de ciment en 2016. Mais depuis le début du mouvement, sa production est tombée à 2 000 tonnes par jour, soit la moitié de sa capacité.

Contactée, la direction n’a pas donné suite aux demandes d’informations de la rédaction de Jeune Afrique.