Togo : la mobilisation de l’opposition marquée par de nombreuses échauffourées avec les forces de l’ordre

Une rue de Lomé après les échauffourées entre les forces de l'ordre et l'opposition, le jeudi 5 octobre 2017. © Edmond d'Almeida pour JA

La tension est montée d’un cran jeudi, au deuxième jour des manifestations de l’opposition dans plusieurs villes du pays. Pour cette  journée dite "de la colère", de nombreuses échauffourées ont opposé les manifestants aux forces de l’ordre dans la capitale.

Ils étaient encore des milliers dans les rues dans plusieurs villes du pays ce 5 octobre à l’appel de la coalition de l’opposition. Pour commémorer les 27 ans du « procès du 5 octobre », date importante dans l’histoire du processus démocratique au Togo, l’opposition souhaitait marquer un grand coup et faire ainsi plier le pouvoir en place. En 1990 en effet, de nombreux Togolais avaient pris d’assaut le palais de justice de Lomé pour assister au prononcé du verdict de « l’affaire des tracts ». Une audience qui avait provoqué un soulèvement populaire qui ouvert quelques mois plus tard la voie à la tenue de la Conférence nationale « souveraine ».

Lors de ce nouveau round dans le bras de fer qui oppose pouvoir et opposition depuis le 19 août, les exigences de l’opposition sont restées les mêmes : un retour à la Constitution de 1992 dans sa version originelle, le vote de la diaspora, la libération des personnes arrêtées lors des différentes manifestations et pour certains, le départ du chef de l’État. De nouvelles pancartes ont néanmoins fait leur apparition, dénonçant l’appel lancé la veille par la communauté internationale pour la tenue d’un référendum constitutionnel dans les plus brefs délais.

« Conclure la lutte »

Dès les premières heures des rassemblements prévus dans la capitale, des manifestants ont érigé des barricades sur de nombreux axes de la capitale. Car la veille, lors de l’ « ultime avertissement », Tikpi Atchadam, figure de proue de ce nouveau souffle de l’opposition, avait demandé aux Togolais de sortir massivement pour « conclure la lutte ». Un appel entendu par les militants de l’opposition qui ont bloqué en plusieurs endroits la circulation dans la capitale.

De nombreuses échauffourées ont opposé les forces de l’ordre aux manifestants. Ces derniers ont érigé des barricades, brûlé des pneus pour « exprimer leur ras-le-bol ». « Nous devons nous faire entendre par tous les moyens par les autorités qui restent sourdes à nos réclamations », témoigne un taxi-moto « déterminé à aller au bout de la lutte ». Vers 20 heures locales, la tension était encore perceptible au niveau du carrefour Dekon au centre de Lomé et dans certains quartiers périphérique de la capitale. Le gouvernement a dénoncé « des actes de vandalisme, des poses de barricades par des manifestants surexcités qui ont saccagé les étalages de plusieurs marchés ».

Des pavés descellés à Lomé après des affrontements entre les forces de l'ordre et des manifestants de l'opposition, jeudi 5 octobre. © Edmond d’Almeida pour JA

Et maintenant ?

Certaines rues de Lomé ressemblaient à la tombée de la nuit à un champ de bataille. Pavés descellés, affiches publicitaires saccagées, voitures vandalisées, pneus brûlés… On dénombre des blessés à Lomé et à Sokodé où la police aurait procédé à des interpellations. « Nous avons gagné le combat de la mobilisation, mais il reste encore la bataille politique à remporter », a confié en fin de journée à Jeune Afrique, l’opposant Gerry Taama.

Alors que de nombreuses voix s’élèvent pour convier les deux camps au dialogue, l’opposition a rejeté l’appel de la communauté internationale pour un référendum. « La coalition des quatorze partis politiques de l’opposition et toutes les forces démocratiques togolaises ont pris connaissance avec beaucoup d’étonnement et d’indignation le communiqué conjoint de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), de l’Union africaine (UA) et du Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) », a-t-elle indiqué dans un communiqué rendu public jeudi peu avant les manifestations. Si pour le moment aucune indication n’a été donnée sur les actions à mener les prochains jours, les leaders de la contestation souhaitent « maintenir la pression » sur le pouvoir.

Des sympathisants du parti au pouvoir ont également tenu mercredi et jeudi des meetings dans la capitale pour apporter leur soutien à Faure Gnassingbé. Le chef de l’État a de son côté ouvert jeudi à Niamey, au Niger, en tant que président en exercice de la Cedeao, le Forum des Premières dames de l’organisation.

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