Grace Mugabe : les slips de la discorde

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Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © Glez / J.A.

Lorsqu’un journaliste zimbabwéen évoque le don, par la première dame, de sous-vêtements d’occasion, Grace Mugabe se froisse comme un vêtement usagé. Entre lingerie et singerie, tempête dans une balle de fripes…

Comme le scandait le slogan publicitaire d’une enseigne parisienne, « il se passe toujours quelque chose » au Zimbabwe. Et l’actualité du pays de Robert Mugabe est de plus en plus alimentée par son épouse Grace. En début de semaine, Kenneth Nyangani, rédacteur au quotidien Newsday, est placé en garde-à-vue puis inculpé, 18 heures plus tard, pour « diffamation criminelle » ; ce qui pourrait lui valoir une peine de six mois de prison. Évoquant une distribution d’habits d’occasion au nom de la première dame, le journaliste avait titré son article « Grace donne des sous-vêtements usagés ».

Par ailleurs réservée à des sympathisants du régime, l’opération caritative aurait été pilotée par un député du parti au pouvoir tout fier de déclarer : « On m’a dit que la plupart de vos slips étaient en mauvais état, alors venez chercher ce qui vous a été alloué ».

Budget vestimentaire exorbitant

« Où est le problème ? », pourrait se demander un Africain moyen. Où est le problème de ce journaliste qui feint d’ignorer que le recours populaire à la « friperie » n’est plus un tabou. Où est le problème de cette première dame qui devrait avoir mieux à faire que de s’attarder sur de tels articles de presse. Le problème, c’est qu’en 2015, le régime d’Harare avait interdit la vente de vêtements d’occasion généralement importés, marché accusé de pénaliser l’industrie locale textile. Le problème, c’est que la première dame du Zimbabwe est réputée pour son budget vestimentaire exorbitant, ses accoutrements de luxe étant raccord, il est vrai, avec la Rolls blindée dont elle vient de faire l’acquisition pour la modique somme de 500 000 dollars cash. Le problème, c’est que, dans un pays en crise récurrente, toujours au bord de la cessation de paiement, les populations excédées ont moins besoin d’offrandes de sous-vêtements que de dotation de produits alimentaires ou de programmes de lutte contre le chômage.

Finalement, le don est peut-être moins en cause que la façon de donner. Donald Trump vient de le constater, lui qui a suscité l’indignation, ce 3 octobre, en lançant des rouleaux d’essuie-tout – et son dédain apparent – à des survivants de l’ouragan Maria…