Centrafrique : à Bangui, la mosquée de Miskine renaît timidement de ses cendres

Par - à Bangui

Des fidèles musulmans dans la mosquée de Koudoukou, à Bangui, en novembre 2015 lors de la visite du pape François. © Andrew Medichini/AP/SIPA

Les prières ont repris à la mosquée du quartier Miskine où il y a encore quelques mois les musulmans n’étaient pas les bienvenus. Depuis fin 2013, seule la mosquée du quartier du PK5 où se sont réfugiés tous les musulmans après les violences intercommunautaires, accueillaient les prières. Reportage.

Vendredi, à la mosquée du quartier Miskine, à Bangui. Vêtu d’un maillot de l’équipe de foot de la Côte d’Ivoire, « Ib » lance l’appel à la prière à l’aide d’un vieux mégaphone. La pluie, qui a quasiment bloqué toutes les activités dans la capitale centrafricaine, n’a pas empêché les fidèles de venir prier pour le troisième vendredi consécutif dans ce quartier où les musulmans étaient indésirables. Ils sont une dizaine à s’installer sur des nattes, sous la bâche floquée du logo du UNHCR qui sert d’abris.

« Depuis que nous avons repris, nous n’avons eu aucun problème de sécurité », se félicite Ali Oumar, imam adjoint de la mosquée de Miskine. « Il manque juste que nous puissions retourner vivre dans le quartier, afin de faire les cinq prières sur place. Mais chaque vendredi, grâce à Dieu, nous venons toujours prier ici. »

La mosquée du père de Noureddine Adam

Avant décembre 2013, cette mosquée était dirigée par le père de Noureddine Adam, ancien numéro 2 de la Séléka. Après le coup d’État, certains responsables religieux de cette mosquée ont été accusés de prédications extrémistes. Elle a fait partie des toutes premières mosquées à avoir été pillées et détruites. Les miliciens musulmans qui la protégeait ont cédé face aux attaques des miliciens anti-balaka.


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Aujourd’hui, de la mosquée de Miskine, il ne reste que les fondations. Le reste a été complètement détruit par des habitants du quartier.

 Il n’y a rien de plus précieux que le pardon

Les musulmans venus prier ce vendredi veulent pourtant montrer que tout cela, c’est du passé. Dans son prêche, Ali Oumar prononce plusieurs fois le mot « pardon ». « Il n’y a rien de plus précieux que le pardon. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons avoir la paix et construire la paix autour de nous », lance-t-il aux fidèles en ponctuant ses mots d’amples gestes de la main droite.

Débat sur le retour des musulmans dans le quartier

A quelques mètres de la mosquée, Rosine, 26 ans, attend sous un parapluie pour acheter de la viande de bœuf. Elle regarde avec insistance les musulmans assis dans la mosquée qui écoutent l’imam. La jeune femme a l’air étonné. « C’est étrange. On avait complètement oublié qu’il devrait encore y avoir de la prière ici », glisse-t-elle, dubitative.

« Ce n’est pas bien ce que tu dis », la coupe un passant juché sur son vélo. « Il est temps qu’on arrête cette histoire de chrétiens et de musulmans. Ça ne nous reflète pas. Si nos frères reviennent prier, c’est un bon signe », ajoute le cycliste avant de continuer son chemin.

« Si les musulmans acceptent les chrétiens dans le quartier du PK5, pourquoi eux ne devaient pas être acceptés dans les autres quartiers ? », interroge le boucher du quartier. « C’est parce qu’il y a la paix que les musulmans viennent prier dans le quartier. Causer et rire avec les autres, ça montre que la paix est là. Sinon ils ne pourraient pas revenir. Avant c’était impossible », reconnaît-il.

L’insécurité, c’est ce qui nous empêche de revenir

Miskine, tout comme trois autres quartiers de Bangui, ont emboîté le pas de Lakouanga, quartier à dominante chrétienne dans lequel les musulmans ont repris la prière dès avril dernier. Un retour des musulmans qui a été initié par des habitants chrétiens de ces quartiers.

Des quartiers dans lesquels quasiment toutes les habitations appartenant aux musulmans ont été détruites et leurs biens pillés. Les lieux de culte ont aussi été particulièrement ciblés. Environ 400 mosquées ont été détruites dans tout le pays, début 2014, selon les chiffres donnés en mars 2015 par Samantha Power, lorsqu’elle était ambassadrice des États-Unis à l’ONU.

« Nous avons envie de revenir. Mais on n’a pas encore ramassé les armes », s’inquiète Ali Oumar, évoquant les freins multiples au processus de désarmement des groupes armés. Et d’ajouter : « L’insécurité, c’est ce qui nous empêche de revenir. »

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